Le dynamitage du clocher des Isnes en 1917

Ce texte a été publié en 2014 dans l’ouvrage Gembloux dans la tourmente de la première guerre mondiale, édité par le Cercle royal Art et Histoire de Gembloux à l’occasion du centième anniversaire du début de la première guerre mondiale. Des extraits de cet article peuvent être consulté sur Google Books.


Le dynamitage du clocher des Isnes en 1917

Pierre AUBRY – 2014

Lors de l’entrée en guerre, l’armée belge évalue les scénarii possibles de l’invasion allemande et prend certaines précautions. Comme aux Isnes, où le clocher sera dynamité. Il aurait constitué un point de repère et d’observation pour l’artillerie ennemie en cas d’attaque de la position fortifiée de Namur par le Nord.

Le lundi 3 août 1914 la guerre est déclarée.

Le lendemain, à 7 heures du matin, les troupes allemandes franchissent la frontière. Le soir même, le village des Isnes reçoit la visite d’un officier belge du Génie. Sa mission est d’examiner la situation du clocher du point de vue stratégique.

Le village est en effet situé à 187 mètres d’altitude et à cinq kilomètres à peine du fort de Suarlée. La tour de l’église pourrait donc bien constituer un point d’observation idéal pour diriger un bombardement du fort par l’artillerie allemande.

Pour confirmer ses soupçons, l’officier belge fait allumer le phare du fort qui porte à plusieurs kilomètres. Comme il le craignait, le faisceau lumineux frappe de façon presque horizontale en plein dans les fenêtres des abat-sons.

Soucieux, le capitaine monte dans la tour. Dès qu’il arrive à la hauteur des cloches, sa décision est prise. La tour de l’église est condamnée. Elle doit disparaître avant l’arrivée de l’ennemi.

Le curé DELSAUVENIERE et le président de la fabrique d’église qui étaient arrivés sur place sont informés de la décision. De grand matin, le lendemain, des soldats du Génie arriveront sur place pour miner et faire sauter l’édifice.

Dans le village, l’émoi est grand. Il faut sauver les cloches et tout ce qui peut l’être. Vers les neuf heures et demie du soir, des hommes de bonne volonté accourent : Louis VANCOPPENOLE, Arthur REUMOND, Constant GERMAIN et Louis LORENT. Ils sont vite rejoints par François GOUY, le curé et les abbés JOARLETTE et LEONARD, tous les deux de passage dans la paroisse.

Pendant que les uns démontent les tuyaux de l’orgue, les autres montent dans la tour dont les planchers sont défoncés à coup de haches. L’équipe s’active sans relâche pendant toute la nuit. Et, vers quatre heures du matin, les cloches sont enfin descendues et déposées dans le cimetière…

Il était temps !… Les artificiers viennent d’arriver. Pendant qu’ils placent les explosifs, on descend les statues qui ornent l’intérieur de l’église pour les mettre en lieu sûr dans une sacristie.

Sur le coup d’onze heures, tous les préparatifs sont terminés. Par mesure de précaution, le capitaine fait évacuer les maisons des alentours. Bon nombre d’habitants sont présents.

Quelques instants après, la tour disparaît dans un immense tourbillon de pierres et de poussières.

Mais la chute de la tour a causé d’importants dégâts à l’église elle-même. Une grande partie de la toiture a été défoncée.

En prévision de l’hiver, il faut penser à réparer les brèches, même tant bien que mal, pour rendre supportable l’assistance aux offices religieux.

La Fabrique d’église se dit dénuée de toutes ressources. Elle se tourne donc logiquement vers l’autorité communale et lui demande d’effectuer les travaux de première nécessité.

Le 22 novembre 1914, le collège communal des Isnes refuse et prend la délibération suivante :

Amélioration à apporter à la toiture de l’église de la commune au sujet de la froideur existante depuis le bombardement du clocher.

Considérant que la commune se trouve dénuée des fonds nécessaires à la reconstruction, [le collège] décide de ne faire aucun travail pour la reconstruction de la toiture. Les travaux nécessaires à être à effectuer demandent beaucoup de dépenses et ne pourront être entamés qu’après les événements actuels. La salle communale est mise à disposition du clergé pour y faire les offices pendant les mauvais temps.

Plus tard, on se tourna aussi vers les Allemands. Des officiers viendront sur place et se contenteront de demander qui paierait la facture…

Ce n’est que le 13 juillet 1922 que les travaux de l’église des Isnes seront mis en adjudication par M. MANS, commissaire royal, et sous le maïorat du bourgmestre NEU.

Le conseil communal de l’époque décidera que le clocher sera reconstruit dans le même style qu’il était en 1914 et aura la même hauteur de 50 mètres.

Pendant les travaux, une violente tempête fait s’écrouler l’édifice. Sa chute a occasionné de nouveaux frais. On reprendra immédiatement les travaux mais en limitant la hauteur de la tour à 30 mètres.

© Pierre Aubry – 2014

Bibliographie :

  • Kips, Histoires religieuses de la commune des Isnes, lieu et date de publication inconnues ;
  • Archives de l’Etat à Namur, Fonds Schmitz 14-18, 56-57, Isnes – Occupation, Destruction du clocher ;
  • Délibération du Collège des Isnes, Isnes, Toiture de l’église, 22 novembre 1914 ;
  • Site Internet www.isnes.net.

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