Le Pays de Gembloux sous la barbarie allemande

Ce texte a été publié en 2014 dans l’ouvrage Gembloux dans la tourmente de la première guerre mondiale, édité par le Cercle royal Art et Histoire de Gembloux à l’occasion du centième anniversaire du début de la première guerre mondiale. Des extraits de cet article peuvent être consulté sur Google Books


LE PAYS DE GEMBLOUX SOUS LA BARBARIE ALLEMANDE

Pierre AUBRY – 2014

Note de l’auteur :

Il aurait été fastidieux et fatiguant pour le lecteur de référencer chaque citation et anecdote racontée. Elles ont toutes pour sources les archives du Cercle Royal Art et Histoire de Gembloux, les documents consultés aux Archives de l’Etat et de l’Evêche à Namur (Fonds Schmitz), ainsi que les ouvrages de J. Schmitz et N. Nieuwland et celui de J. Toussaint (voir la bibliographie complète en fin d’article). De même, les brefs dialogues ont été reconstitués d’après ces mêmes sources. P. A.

En août 1914, pendant leur offensive, les Allemands terrorisent la population belge. Ils massacrent en masse des civils comme à Tamines ou à Dinant. Ils incendient des villes, comme à Louvain.

Heureusement, Gembloux et les villages environnants ne connaîtront pas d’atrocités d’une telle ampleur, mais il y aura quand même des morts. Des commerces et des habitations seront pillés. La ville de Gembloux échappera de jutesse à la destruction par le feu. Elle doit son salut en partie à son bourgmestre Adolphe Damseaux.

Des habitants de Grand-Leez perdront la vie et l’un d’eux sera fusillé à Autre-Eglise. Sauvenière échappera de peu à de sévères représailles. A Ernage, les cordes des cloches seront coupées. A Bothey, des villageois serviront de bouclier humain aux troupes. A Beuzet, il y aura des brimades et des incendies. A Bossière, un homme sera fusillé près de l’église, tandis que des habitants seront réquisitionnés pour divers travaux. Aux Isnes, le curé et des villageois seront obligés de creuser des tranchées ou de courir devant les chevaux.

Pendant toute l’occupation et dans tout le pays de Gembloux, il y aura des emprisonnements, des amendes, tandis qu’un couvre-feu sera imposé. Des civils seront pris en otages. D’autres seront contraints à monter des gardes harassantes le long des lignes électriques ou des voies de chemin de fer. Les habitants, frappés de réquisitions diverses, connaîtront de nombreuses exactions.

Les troupes allemandes craignent les francs-tireurs. Et de nombreux Belges payeront cette peur de leur vie. En outre, le moindre geste, la moindre parole peuvent être mal interprétés, voire qualifiés d’hostiles et sévèrement sanctionnés.

Le 11 août 1914, en pleine offensive, le bourgmestre de Gembloux fait donc afficher une mise en garde contre tous actes malveillant envers les troupes allemandes que pourraient poser des civils. Une circulaire rappelant les lois de la guerre est aussi distribuée dans toutes les maisons. On fait de même dans toutes les communes du Royaume.

Les affiches placardées sur les murs de la ville sont convaincantes :

L’administration communale rappelle à tous ses concitoyens et à tous ceux qui se trouvent sur le territoire de Gembloux, qu’il est strictement interdit, par le code des lois de la guerre, qu’un civil se livre à des actes quelconques d’hostilité contre les soldats allemands qui occupent le pays.

Toute agression commise contre les troupes allemandes PAR D’AUTRES QUE LES MILITAIRES EN UNIFORME, non seulement expose celui qui s’en rendra coupable à être immédiatement passé par les armes, mais encore pourrait entraîner les répressions les plus violentes contre tous les habitants.

Nous conjurons tous ceux qui sont sur le territoire de veiller, dans l’intérêt suprême des personnes, à ce qu’aucune agression ne soit commise contre les soldats de cette armée.

Le bourgmestre seul face aux Allemands

Le lundi 17 août 1914, une dizaine de cavaliers allemands entrent dans le centre de Gembloux fusils en main et revolvers au poing.

Le Bourgmestre Adolphe DAMSEAUX, âgé de plus de 70 ans, les attend. Il est seul en haut du perron de l’hôtel de Ville. Les Allemands lui font descendre l’escalier et lui intiment l’ordre de faire livrer immédiatement des vivres. Les autres membres du conseil communal se gardent bien de se montrer.

Le bourgmestre est professeur à l’Institut agricole. Il a fait ses études en Allemagne et parle très bien l’allemand. Cela facilite les négociations. Il parlemente donc en cette langue avec les soldats qui acceptent de ne se livrer à aucune exaction.

Ils chargent toutefois une charrette de pain, de beurre, de sucre, de café et d’autres denrées alimentaires avant de se faire conduire à la gare par M. LEDOCTE, le major de la Garde civique, non sans le menacer de mort s’il les égarait…

Ce jour-là, un peu plus tard, les troupes françaises – des dragons – mettent en fuite la patrouille allemande. Elles défilent sous les acclamations de la population qui offre aux soldats boissons, fruits, cigares et cigarettes. Certains versent même du vin dans des seaux où les soldats puisent avec leur gamelle.

Grand-Leez et Lonzée pillés.

Le 19 août, Grand-Leez a eu moins de chance. Les troupes allemandes pillent les maisons du village après un engagement sur le territoire de Sauvenière, pendant que les hommes sont enfermés dans l’église.

Quelques 5.000 soldats ennemis occupent Lonzée dans la nuit du 22 au 23 août, après des combats près de Liroux. Le village est livré au pillage avant que les troupes n’entament leur marche vers Namur le matin du 23 vers huit heures. Le village est aussi taxé d’une contribution de guerre payable en argent ou en nature. Les vivres ainsi récoltés seront conduits à Gembloux et de là à Gozée sur des chariots réquisitionnés.

Des pillages et des réquisitions à Gembloux

Le 20 août 1914 les Allemands s’installent définitivement à Gembloux pendant qu’une partie du corps d’armée du Général-Oberst VON KLUCK traversera sans relâche la ville pendant quatre jours et quatre nuits.

Les habitants sont priés de laisser les portes ouvertes et d’accueillir des soldats.

Une Etape-Kommandantur est installée dans la maison de M. Bricou, au 24 de la rue du Moulin, dont une partie est devenue par la suite la rue des Volontaires.

Immédiatement, les soldats – qui partout réclament du pain sous la menace de leurs armes – se mettent à réquisitionner nourriture et boissons. Les magasins de tabac et de spiritueux sont pillés. Les bonnes caves des notables gembloutois sont délestées de plus de 6.000 bouteilles. De gigantesques beuveries ont lieu à l’hôtel de ville.

Des coups de feu dans la nuit

Et ce qui devait arriver arriva. L’ivresse aidant, des coups de feu retentissent dans la nuit. Ils proviennent de l’école de la rue Sigebert et de l’hôtel de ville. Des soldats allemands tirent en l’air. La confusion est totale.

L’accusation fuse : « Man hat geschossen. Francs-tireurs » Elle est accréditée par des officiers allemands.

Dans la population la peur est intense. Les « boches » parlent d’incendier la ville.

Gembloux doit son salut à son bourgmestre. Adolphe Damseaux est en effet accouru en hâte. Il parlemente à nouveau et, à force de diplomatie, il ramène le calme.

La ville vient d’échapper à la destruction.

Une caricature à l’église de Beuzet

Pendant l’occupation, tout était prétexte à brimades ou menaces, même des peccadilles comme un simple dessin sur un mur.

C’est ainsi que le 5 mai 1916, le commandant allemand de Gembloux en personne, se rend au presbytère de Beuzet et apostrophe le curé.

J’ai appris par une lettre d’un soldat allemand, dit-il, que l’on se moque de notre empereur dans votre village !

Le curé tombe des nues… Il ignorait la chose et ne voit même pas de quoi il s’agit. Il accompagne l’officier, qui lui désigne d’un doigt vengeur, dans le fond de l’église, une caricature représentant la tête de l’empereur Guillaume accompagnée de quelques mots que l’histoire n’a pas retenu.

C’est très certainement l’œuvre d’un gamin, affirme le prêtre. Et de s’empresser de faire disparaître le corps du délit.

Monsieur le curé, menace l’Allemand, vous êtes responsable. Vous êtes même passible des peines les plus sévères…

La prison pour un mot « blessant »

Si à Beuzet il semble que l’affaire en restera là, à Bothey, Clément LAMBERT est condamné à dix jours de prison pour un mot jugé blessant pour l’Allemagne trouvé dans le cahier d’un écolier.

Il s’agissait d’une lettre rédigée par le père de l’enfant, à la demande pourtant de l’inspection scolaire, et adressée aux Américains en reconnaissance de leur générosité envers la Belgique. Il y était écrit : « Ils sont venus chez nous en semant la mort et la désolation ».

A l’époque, deux autres habitants de Bothey font l’objet de poursuites judiciaires pour ne pas avoir fourni leur compte d’avoine aux occupants. La veuve LADURON et Jules TOURNEUR seront ainsi condamnés à 20 jours de prison…

Une cinquantaine d’autres se verront infliger des amendes pour les motifs les plus divers : rentrées tardives, circulation sans passeport ou sans carte d’identité, non fourniture de froment, d’avoine, d’escourgeon, de pommes de terre, de beurre, de pneus, de laine de moutons, etc.

A Mazy, des amendes sont infligées à la commune pour des dégâts dont les Allemands accusent faussement les habitants.

Le sabotage du chemin de fer

L’affaire du sabotage du chemin de fer à Beuzet est autrement plus sérieuse. Les Allemands prendront des otages..

Dans la nuit du 2 au 3 octobre 1915, sur le coup des 11 heures du soir, Lonzée et Beuzet sont secoués par une forte déflagration. On vient de faire sauter le chemin de fer Bruxelles-Namur, au lieu-dit Barrière à Bascule, à une cinquantaine de mètres de la limite des deux villages, mais sur le territoire de Beuzet.

Ce sont donc les autorités communales de beuzetoises qui sont convoquées sur place le lendemain matin. Elles constatent que les dégâts sont déjà réparés. Ils ne devaient pas être bien importants. On parle d’un mètre de rails qui auraient été pulvérisés.

Un commandant-inspecteur allemand mène l’enquête. Celle-ci donne peu de résultats. Un chien policier suivra bien une piste qui le conduira dans la grange de Marie MARCHAL, sur la grand route, au Bois-Henri.

Mais l’endroit est régulièrement fréquenté par… des cavaliers allemands qui ont pris l’habitude d’y loger. Il n’en faudra pas plus pour que la rumeur publique attribue l’attentat aux « boches » eux-mêmes pour servir de prétexte à des amendes et pour terroriser à la population.

A Beuzet, on fait remarquer aux enquêteurs que les habitants du village ne peuvent pas sortir de chez eux après 9 heures du soir et que des soldats patrouillaient cette nuit-là sur la voie ferrée. On est convaincu que les coupables ne se trouvent pas parmi les gens du village.

Le commandant allemand rassure :

Les habitants de Beuzet sont des gens paisibles, dit-il. Mes soupçons se portent plutôt sur ceux de Lonzée et de Grand-Leez.

Des représailles

Immédiatement pourtant, une série de représailles frappent les communes situées dans un rayon de six kilomètres du lieu du sinistre : Beuzet, Lonzée, Gembloux, Saint-Denis, Bovesse, Bossière et même Corroy-le-Château, dont une petite pointe avancée de territoire pénètre dans la zone.

Deux premières mesures sont décrétées sur le champ par l’occupant : un couvre-feu renforcé et l’obligation pour tous les hommes de 17 à 60 ans – sauf le clergé – de monter la garde jour et nuit sur les routes proches de la voie ferrée par escouades se relayant toutes les douze heures.

C’est ainsi qu’une trentaine d’hommes sont obligés de patrouiller nuit et jours pendant trois mois. La punition ne sera levée que le 4 janvier 1916.

En novembre, une patrouille de six hommes placées sous l’autorité du commissaire de police devra aussi assurer la surveillance de la ligne électrique de la Société centrale d’Auvelais.

Dès le 3 octobre 1915, l’Oberst Kreischef V. KENDELL, représentant de l’autorité allemande, envoie au bourgmestre de Gembloux cette lettre dont la traduction qui figure encore en 2014 dans le compte-rendu du collège échevinal du 5 octobre 1915 :

« …le chemin de fer entre Lonzée et Beuzet, a été endommagé. Vous êtes prié de rechercher les coupables et de me donner les résultats de vos recherches jusqu’au 12 octobre (…)

S’il était impossible de trouver le ou les coupables ou s’ils ne sont pas retrouvés, une amende du Gouvernement général serait la conséquence (…)

La population est obligée de fournir une garde de 30 hommes, nuit et jour, durant trois mois, pour surveiller le territoire du chemin de fer. Toutes les personnes adultes mâles doivent être de cette garde (…)

Toutes les semaines, c’est-à-dire le samedi matin, une liste sera remise à Monsieur le Commandant du Landstrum Bataillon Münster à Gembloux, avec les noms des hommes qui sont en service de garde pour la semaine suivante (…)

Je vous fais remarquer que je vais vous persuader, par des mesures propres, à l’exécution de mon arrêté. Dans le cas où celui-ci ne serait pas exécuté soigneusement, je prendrai des mesures ! (…)

Il est défendu de circuler dans les rues à partir de 8 heures du soir. »

Le conseil communal de Gembloux prend alors la délibération suivante :

« …Justement ému à l’application de ces pénalités pour un attentat qui n’a pas été commis sur le territoire de la commune et dont les habitants de Gembloux ne sont pas responsables, [le conseil] décide de faire, à l’instant et en express, une démarche auprès de Monsieur le Commandant de la place, et s’il est nécessaire, auprès du Chef supérieur compétent, pour une demande de levée »

Malgré l’enquête et les menaces, on ne trouvera jamais les saboteurs…

Des otages civils

Les bourgmestres sont aussi avertis que les Allemands prendront un otage par tranche de mille habitants.

A Gembloux, ils désignent d’abord le doyen, avant de changer d’avis. Il est vrai que l’ecclésiastique était âgé de … 87 ans.

Une affiche sera placardée dans chaque commune pour annoncer la mesure en ces termes :

L’administration communale porte à la connaissance des habitants l’ordonnance suivante de la Kommandantur :

Son excellence M. le Gouverneur de Namur ordonne que les communes qui ont été appelées à surveiller la ligne du chemin de fer à la suite de l’attentat commis entre Lonzée et Beuzet, ont à fournir immédiatement et cela proportionnellement à leur population, un certain nombre d’otages. »

Les ordres sont les mêmes dans les six villages. Au total, une douzaine d’otages seront choisis.

Pour Gembloux, ils seront au nombre de cinq. Ce seront finalement le conseiller communal ROULIN, le vicaire CAPELLE, le notaire François GERARD, le directeur du laboratoire de chimie et de physiologie Achille GREGOIRE et l’industriel Max CASSART.

A Beuzet, le curé est du nombre. Il est averti le 14 octobre vers quatre heures, par le bourgmestre, qu’il doit se trouver pour 6 heures à l’hôtel Zénon à Gembloux, où il sera détenu. Il sera remplacé le samedi suivant par François BOUFFIOUX père, un fermier du village.

Les ordres ne mentionnent pas la durée de la détention et ne prévoient aucun roulement dans le choix des prisonniers, laissé au bon plaisir des Allemands.

Un officier de la Kommandantur déclare au bourgmestre de Gembloux qu’un bombardement général des voies ferrées par l’aviation alliée n’est pas à exclure et qu’il faut s’en prémunir en prenant des otages. En attaquant le réseau du chemin de fer, les alliés mettraient ainsi les civils détenus en grave danger.

Dans la population gembloutoise, l’émoi est grand à l’annonce de la prise d’otages. Il faut faire quelque chose… Pourtant, le conseil communal estime que les démarches auprès des autorités allemandes sont prématurées et n’en fait aucune.

Mais des pressions extérieures à Gembloux s’exercent. Les otages ne resteront que trois jours en détention. Les personnes détenues depuis le 14 octobre seront remplacées le 17 octobre à 6 h. du soir. Finalement, tout le monde est libéré dans l’après-midi du 19.

Une amende salée et le couvre-feu

Toutes les communes de la zone sont en outre condamnées à payer une amende basée sur le nombre de leurs habitants, une opération juteuse de représailles qui rapporte 15.000 francs aux Allemands.

Par voie d’affiches, les troupes d’occupations menacent les populations, comme à Ernage, par exemple, où le bourgmestre Ch. LOTIN fait placarder le texte suivant :

Commune d’Ernage – AVIS

L’autorité militaire nous fait porter à la connaissance des habitants de la commune ce qui suit :

Les habitants seront responsables pour les dégâts faits sur les voies ferrées par des attentats, des actes de sabotage dans le voisinage de leur commune. Les mesures les plus sévères seront prises.

Les personnes qui donnent un refuge, du logement, de la nourriture ou du secours quelconque à des personnes militaires ennemies seront sévèrement punies selon la loi martiale. Chaque habitant est obligé d’amener à l’autorité allemande de pareilles personnes militaires, de même des personnes civiles inconnues et sans certificat qui entrent dans la commune ou dans sa maison.

Il est défendu de quitter les frontières des villes, des villages et des fermes après 8 heures du soir et avant le point du jour. Il est défendu de traverser les voies ferrées et de s’en approcher à côté des sentiers, des chemins et des routes croisant le réseau du chemin de fer.

En cas de soupçons suffisants on forcera les habitants à évacuer les villages, les fermes, les maisons se trouvant près du lieu de l’attentat. Les hommes peuvent être conduits en Allemagne dans les camps des prisonniers, les autres habitants peuvent être distribués dans des endroits éloignés. Les communes peuvent être forcées de payer une contribution ou de subir de pareilles punitions.

Un fusillé à la ferme de l’Abbaye

S’il n’y a pas eu de véritables massacres de populations civiles à Gembloux et dans les villages de l’actuelle entité, il y aura des exécutions et des tués à Gembloux, Grand-Leez et Bossière.

En août 1914, un groupe de 500 prisonniers français et d’otages de Fosses est amené à Gembloux. Parmi eux se trouve François CLAUSE, un habitant de Névremont (Fosses), âgé de 77 ans.

Le convoi est allé de Fosses à Mettet, puis est revenu à Fosses pour aboutir finalement à Gembloux en passant par Ham-sur-Sambre et Jemeppe.

A son arrivée dans notre ville, M. CLAUSE est exténué. Ses compagnons ont raconté qu’il « tirait la langue de soif et de faim » et qu’il « fallait pour ainsi dire le traîner ». Il semble même perdre la raison, faisant sans cesse le geste de cueillir de l’herbe et de la jeter à une chèvre imaginaire.

Dans la cour de la ferme de l’abbaye, les soldats allemands l’attachent à un arbre et le rouent de coups.

Le 26 août, comme il est envisagé de transférer les prisonniers en Allemagne, François CLAUSE est devenu encombrant à cause de son état physique et mental. Il est condamné à mort après une parodie de jugement, pour avoir soi-disant dépouillé des cadavres.

Il est fusillé le même jour à 18 heures et inhumé dans un pré voisin sous les yeux de M. BEDORET, l’exploitant de la ferme. Sa famille viendra l’exhumer clandestinement le 10 novembre pour ramener le corps à Fosses.

Epargnés à la Grand-Leez

Le 14 août 1914, une cinquantaine de dragons français, en reconnaissance vers Perwez, sont accrochés par une vive fusillade au lieu-dit Cinq Etoiles, près du bois de Buis. Ils se replient vers Grand-Leez. Six d’entre eux se barricadent dans la cour de la ferme du Longpont où ils sont assiégés par une troupe importante, (comme on le relate par ailleurs dans le présent ouvrage).

Ne pouvant les déloger, les Allemands lancent des grenades incendiaires qui mettent le feu à la grange. Les Français se réfugient alors dans l’habitation proprement dite.

Les habitants de la ferme se décident à se montrer. Ils sont vite saisis par les Allemands et contraints de s’agenouiller, de vider leurs poches et de lever les mains. Lorsque les Français se rendent, ils sont aussi contraints de se mettre à genoux à côté des civils.

Tous ensemble, ils doivent aider l’ennemi à transporter au bois de Buis le butin enlevé à la ferme. Les civils échapperont à une exécution sommaire grâce à l’intervention d’un officier français qui se porte garant de leur innocence.

Le petit télégraphiste de Grand-Leez

Louis-Joseph COLLIGNON, de Grand-Leez, est employé au télégraphe. Il a 16 ans. Le 16 août 1914, il se rend à la gare de Grand-Leez à vélo sur le coup de midi. Tout près de la ferme de Longpont, il rencontre un groupe d’ennemis qui ouvrent le feu. Atteint de plusieurs balles, dont une à la tête, Louis-Joseph sera traîné derrière une meule de foin. C’est là que Louis SERON le découvre deux heures après. Le petit télégraphiste mourra deux jours plus tard.

Achevé à coup de lances

A Autre-Eglise, Paul DESTREE, un autre habitant de Grand-Leez, paiera de sa vie son imprudence et sa curiosité.

Il apprend que l’on signale des Allemands dans les bois de Grand-Leez. Il décide d’aller les voir de plus près. De fait, il tombe bientôt sur des cavaliers du 8e Hussard de la 9e division de Cavalerie. Curieux et inconscient, il place la main sur la crosse du fusil d’un soldat.

Immédiatement capturé et ligoté, il est mené le 17 août sous bonne garde à Autre-Eglise en compagnie d’une quinzaine d’autres civils. Là, il raconte sa mésaventure à Mme HAMOIR qui lui apporte un peu de nourriture car il se plaint de n’avoir rien mangé depuis deux jours.

Le 18 août, le malheureux est conduit dans un champ voisin. On lui abaisse la casquette sur les yeux et un peloton de neuf soldats le fusille. Il sera achevé à coups de lances…

Sauvenière échappe aux représailles

A Sauvenière, les Allemands sont au Moulin Michaux et les Belges à la Peau de Chien et à Liroux.

Au cours du combat qui les oppose, le cheval d’un Uhlan est tué sous lui, sur la route qui va de Grand-Leez à Gembloux. L’homme est capturé par deux civils et conduit à Gembloux.

Deux autres sont aussi tués près de la maison d’Emile FICHEFET qui enterre lui-même un des cadavres. Il est arrêté et menacé d’être fusillé. Un colonel et un capitaine veulent même incendier sa maison et exercer des représailles dans Sauvenière. L’exhumation et l’autopsie du corps permettront de le disculper.

Le fermier WALEFFE sera lui aussi sauvé de la colère les Allemands lorsqu’ils découvriront chez lui des pièces d’une mitrailleuse.

Les cordes coupées des cloches d’Ernage

Les troupes qui entrent dans Ernage le 20 août tirent de nombreux coups de feu. Jules RENARD et Michel DEPIERREUX sont légèrement blessés.

Tout à coup, les cloches de l’église se mettent à sonner. On célèbre en effet un enterrement.

Les Allemands se précipitent et arrêtent le curé RENARD et l’abbé NOEL, un professeur de Floreffe, sous le prétexte qu’il s’agit de signaux faits à l’ennemi.

Lorsque le quiproquo est élucidé, les Allemands décident quand même de couper les cordes des cloches. L’enterrement est remis à une date ultérieure.

Pendant ce temps, les maisons abandonnées sont livrées au pillage et saccagées. Le curé sera même mis en joue par un soldat surpris en flagrant délit dans le presbytère.

Bouclier humain et saccage à Bothey

Le 20 août, on se bat aussi au Hameau de la Ronce, à Bothey. Deux soldats français sont blessés. Le bourgmestre demande des volontaires pour leur porter secours. Treize civils répondent aussitôt à l’appel. Mal leur en prend, ils sont vite pris sous le feu de mitrailleuses allemandes.

Ils s’abritent dans le bois Jean où un Uhlan leur ordonne de rejoindre immédiatement Corroy-le-Château. Arrivé là, on les force à marcher devant les troupes sur deux kilomètres en compagnie de deux habitants de Corroy et d’un de Gembloux. Ce bouclier humain devra faire plusieurs fois de suite le trajet devant différentes troupes de cavalerie et d’infanterie.

A la grande route, vers les 17 heures, les habitants sont obligés de sortir des maisons. Une trentaine de civils sont rassemblés dans la cour de Clément LAMBERT.

On a tiré sur nous. Si l’on trouve une arme chez vous, vous serez tous fusillés, sont-ils menacés.

Les maisons perquisitionnées sont pillées et saccagées. Les meubles sont détruits, les glaces brisées et ce qui n’a pas été emporté gît sur le sol, comme chez Clémence HENNAU, Charles DECHAMPS et Victor DRAYE.

Le 24 août 1914 tous les hommes de Corroy-le-Château sont rassemblés sur la place sous prétexte que l’on a trouvé des espions. Les soldats profèrent des menaces de mort et d’incendies.

Des Prussiens comme des sauvages à Beuzet

Le curé JANSEN, de Beuzet, donne un récit très complet de ce qui s’est passé dans son village à partir du 17 août 1914, date à laquelle un groupe de cyclistes allemands débouche de la route de Ferooz au Bois Henry.

Sur la grande route, une dizaine de lanciers belges sont pris sous leur feu. Le soldat LEROY, de Namur, porteur d’une dépêche est touché. Le curé le fait transporter au presbytère, mais le blessé mourra malgré les soins prodigués par le Docteur CORBISIER.

Dans les jours suivants, le curé et plusieurs habitants de Beuzet porteront secours à des soldats des deux camps blessés dans les campagnes entourant le village.

A partir du mardi 18 août 1914, on se bat en effet du côté des Isnes, du côté de Saint-Denis, du côté de Meux, du côté de Bovesse,…

Le vendredi 21 août, pendant la messe de 7 h., des Prussiens arrivent à la gare. Ils se conduisent comme des sauvages, écrit le curé. Ils s’emparent d’un wagon de céréales appartenant aux frères PIERARD. Ils arrachent et brûlent le drapeau. Ils dévastent et pillent le bureau du chef de gare. Ils attachent son képi à une lance et entrent dans le village. Le bureau de poste reçoit aussi leur « visite ». La porte en est enfoncée…

Le bourgmestre est ensuite la victime de leurs vexations. Les Prussiens, qui cherchent des soldats français, entraînent le magistrat au château Mélot et de là aux Isnes.

Ils lui ordonnent d’enlever le drapeau de la maison communale. Ce qu’il refuse de faire. Alors, les cavaliers l’arrachent eux-mêmes avec leurs lances et le mettent en lambeaux. Ils en attachent les morceaux aux harnais et aux selles de leurs chevaux…

Le pillage peut commencer. Les magasins de Léopold RAISIERE, en face de l’église, en font les frais. Un groupe de villageois est obligé, à coups de crosses dans le dos, de soigner les chevaux.

Pillage et otages à Beuzet

Le même jour, vers 13h30, Emile BOUFFIOUX et le bourgmestre DELSAUX accourent au presbytère et annoncent que les Allemands occupent le village et que le commandant les attend à la grand route.

Un jeune officier à cheval, pistolet à la main, ordonne aux trois hommes de se mettre à sa gauche et à sa droite et de l’accompagner. Il prétend que l’on a tiré sur ses hommes, mais refuse d’entendre la moindre explication. Il ordonne de lui livrer les armes déjà réunies à la maison communale. Il menace de tuer et de brûler le village si le moindre mal est fait à ses soldats.

Un douzaine de villageois sont désignés et conduits dans le fournil de la ferme Art où ils sont fouillés et à nouveau menacés de mort.

Dans le village, les maisons sont visitées. Les soldats volent tout ce qui leur tombe sous la main. Les animaux sont abattus : 17 bovins, 7 moutons, 421 poules… Des quartiers entiers de viandes seront abandonnés sur place.

A la grand route, les militaires saccagent la villa Gobert dans laquelle ils ont installé un poste avancé. Vers les six heures du soir, ils mettent le feu à une meule de foin du côté de la maison Winand. D’autres incendies sont allumés aux quatre coins du village.

On aurait dit que tout Beuzet brûlait, écrira le curé.

Beuzet sera brulé

Alors que de nouvelles troupes arrivent le soir à Beuzet et campent aux environs des fermes Art et Massart, la cure accueille de nombreux paroissiens inquiets sur le sort des otages.

Un officier survient vers 23 heures.

Monsieur le curé, dit-il, si les Français avancent encore de quelques kilomètres vers Spy, Onoz ou Les Isnes, votre village sera brûlé.

Le curé argumente en allemand, mais se rend vite compte qu’il n’y a rien à faire. La décision est irrévocable. Il obtient pourtant l’assurance de pouvoir prévenir lui-même les habitants une heure avant l’incendie et de les rassembler le long de la grand route pour les conduire à Gembloux.

Le lendemain, le samedi 22 août, les troupes allemandes partiront tôt le matin en direction de l’ouest. Beuzet avait été épargné…

Mais la panique a bien sûr gagné la population. Le curé veut mettre les vieillards et les infirmes à l’abri à Chastre. Il les embarque sur une charrette à bœufs, mais est arrêté en chemin à la route de Sauvenière par les centaines de soldats qui passent sans discontinuer près du moulin de Lonzée.

De retour à Beuzet, le groupe constate que le village est déserté.

– Dans la rue de la Bolette, les volets étaient fermés, écrira le curé. Un silence de mort régnait ; des poules et des chats y couraient à l’abandon, et surtout pas âme qui vive !

400 obus sur Beuzet

Dans l’après-midi, des batteries allemandes tirent sur le fort de Suarlée depuis le bois de Golzinne. La position fortifiée répond aussitôt.

Dans la cave du presbytère, transformée en refuge, on entend siffler et tomber les obus…

Vers 11 heures du soir, le ciel rougeoie du côté de Bossière : la ferme Art est en feu !… D’autres maisons du village sont atteintes par les tirs d’artillerie.

Plus de 400 obus tomberont sur le village. Heureusement, il n’y aura aucune victime civile, mais des traces de sang et des pièces d’uniformes allemands ont été trouvées au Warichet.

Le mercredi suivant, les allemands réquisitionneront des vivres, des pommes de terre, des légumes et des céréales. Tout cela sera transporté à Gembloux.

Arrestations, incendies et exécution à Bossière

Le curé BERTRAND, de Bossière, a lui aussi laissé un témoignage écrit des événements qui se sont déroulés dans sa paroisse.

C’est le vendredi 21 août que quelques 6.000 Allemands remplacent des Français qui ont passé la nuit à Bossière « sans desseller leurs chevaux ». Sans attendre, ils fortifient le sud du village en creusant des tranchées et en ouvrant le toit des maisons.

Dès leur entrée dans le village, ils veulent visiblement terroriser les habitants.

De nombreuses meules sont incendiées, ainsi que la grange de Jules TONGLET et la maison d’Isidore PONCIN. Les hommes et les jeunes gens sont conduits et gardés dans l’église. Ceux de « La Ramonnerie » sont obligés de porter des munitions jusque Spy. Les femmes et les enfants doivent passer la nuit dans les campagnes du côté de la chapelle Sainte Anne. De nombreux habitants se sont réfugiés dans les galeries des carrières voisines. Le Hauptmann von BERGER du 3e Régiment de la Garde à pied loge, lui, au presbytère

Le bourgmestre-baron de VINCK est arrêté. Son fils Jean et son régisseur, M. GILLARDIN sont à sa recherche lorsqu’ils sont eux aussi arrêtés comme espions. On leur bande les yeux et on les force à passer devant les troupes avant de les enfermer dans une maison proche de l’église.

Le dimanche 23 août 1914 peu après 6 heures du soir, Joseph DETRY, 21 ans, est capturé à Temploux et ramené à Bossière. Il serait un franc-tireur…

Un simulacre de jugement a lieu dans la maison du Dr LARSIMONT. Ce dernier entend le major HEYNES, commandant du 8e Hussard, poser une question aux soldats qui lui répondent en criant tous ensemble…

Le sort de Joseph DETRY vient d’être scellé. D’un simple geste, l’officier ordonne son exécution.

Malgré ses supplications et l’intervention du médecin, le jeune homme est collé devant le mur, près de la grille de l’église du côté de la sacristie. Il est abattu de quatre coups de feu avant d’être jeté « avec mépris » dans une tranchée voisine. Ce n’est que le mardi, après le départ des troupes, que son corps sera enterré dans une tombe provisoire, après de brèves prières d’absoute.

Le lundi 24 août, presque toute la population quitte le village pour Corroy et Gembloux. Les maisons désertées sont pillées.

Le même jour, un soldat allemand tire sur une poule près de la maison Dubois, à la Basse-Hollande. Le père et le fils COLON sont dans les parages. Ils sont soupçonnés et interrogés. Ils échappent de peu à la mort…

La maison Dubois sera quand même incendiée et le village menacé de subir le même sort.

Les Allemands laisseront Bossière derrière eux lorsqu’ils continueront leur avance le mardi 25 août.

Aux Isnes, les habitants terrorisés

Entre le 19 et le 21 août, les abords des Isnes sont le théâtre de toute une série de combats entre les Français et les Allemands. Plusieurs militaires seront blessés ou tués du côté du Raidy, de Didi, du bois de Ban et de la maison Malakoff.

Dès que les troupes allemandes occupent le village des Isnes, elles veulent terroriser les civils comme elles l’ont fait ailleurs.

Une patrouille tire les habitants de la ferme de Malmaison de la cave où ils sont cachés. Treize personnes, dont le fermier Georges LAISSE, sont menacées de mort et emmenés.

A la première maison du village, Norbert PIERARD est accusé d’avoir tiré et est forcé de se mettre à genoux sur le seuil de sa porte. Il est menacé de mort.

A la maison suivante, Louis LORENT et sa femme sont emmenés. Des voisins sont mis en joue et obligés de rejoindre les prisonniers. Ils pensaient avoir à faire à des… Anglais.

Jules DELVIGNE est sommé, en face de sa maison, de livrer ses armes. Il apporte un vieux pistolet. Il reçoit un coup de lance dans la cuisse. Un soldat fait même se cabrer son cheval devant lui comme pour l’écraser. Ordre est donné à M. DELVIGNE d’apporter aussi les cartouches. Il fait semblant de retourner chez lui et prend la fuite. Les soldats expulsent sa femme et sa fille avant de mettre le feu à la maison à l’aide de cartouches incendiaires… La maison voisine, celle des PREVOT, subit le même sort.

Les cavaliers tirent ensuite dans tous les sens pour semer la terreur.

La plupart des habitants s’enfuient alors vers Temploux, Rhisnes ou Suarlée poursuivis par des cavaliers.

Bretelles et ceintures coupées

Le curé des Isnes, M. DELSAUVENIERE a rédigé un témoignage très complet des événements dont son village a été le théatre et dont il a été un acteur bien involontaire.

Il est interpellé dans son presbytère par quatre soldats, revolver au poing, et conduit devant un lieutenant pendant que des Ulhans fouillent les lieux sans ménagements. Les volets fermés du salon et une armoire de la chambre à coucher sont défoncés.

– Mais monsieur l’officier, dit le curé, c’est inutile de tout saccager, j’ai les clés en poche !

L’arsenal de l’homme d’église est bientôt découvert : un vieux fusil de chasse à baguette, une carabine Flobert et un revolver… Le curé est aussitôt traité « d’anarchiste »… Les armes sont confisquées avec un numéro du Bien public, un prospectus et quelques fruits.

Sept otages seront pris. L’un d’eux, Georges BERNARD, est chargé d’aller chercher le maïeur DAMOISEAU. Il prend peur et s’enfuit à toutes jambes.

Maurice YERNAUX est alors désigné et s’en va escorté par des hommes en armes. Pendant ce temps, un soldat coupe, avec un couteau, les bretelles et les boucles des ceintures des otages. Il pratique aussi une large échancrure dans le fondement de leurs pantalons pour les empêcher de s’enfuir eux aussi.

Les Allemands prétendent que l’on a tiré de chez Hyppolite MOUSSEBOIS ou de chez Norbert PIERARD. Une perquisition minutieuse ne permettra pas de trouver quoi que ce soit.

La course devant les chevaux

Tout le monde est alors conduit devant le commandant allemand. Le lieutenant prétend qu’on avait tiré et montre qu’il a trouvé des fusils et des cartouches. Il affirme que le drapeau belge a été arboré. Toutes ces allégations sont démontées par le curé et le bourgmestre.

Placés en tête des cavaliers, racontera plus tard le curé, nous dûmes courir à travers champs, betteraves, pommes de terre, chaumes et labourés. Nous étions talonnés par les chevaux au trot et nous recevions dans le dos des coups de hampes de lances et des coups de pieds ou de crosses ».

Les otages iront ainsi jusque dans les campagnes de Beaufaux, loin de l’autre côté de la ligne de chemin de fer Namur-Bruxelles. Ils atteindront ainsi les lignes allemandes vers 10h30 exténués, essoufflés et ruisselants de sueur.

Le commandant allemand ordonne alors au curé DELSAUVENIERE de lui ramener les bourgmestres de Beuzet et de Lonzée avec des chevaux sans monture retrouvés à Lonzée.

– Si pas ramenés, vous fusillé !…, crie l’Allemand.

Le curé obéit. Il part accompagné de quatre cavaliers qui se mettent de nouveau au trot. Il peine à suivre le rythme. Il se trompe même de chemin et c’est finalement aidé par Denis PORTIER, de Beuzet, qu’il trouvera le bourgmestre DELSAUX avant de poursuivre sa route vers Lonzée sous la menace de pistolets.

Vers 11h30, le groupe est au Bois Henri où les civils sont libérés. Mais ils sont rejoints par une voiture à bord de laquelle se trouve le lieutenant du matin qui crie que l’on a encore tiré aux Isnes.

– Si quelqu’un tire encore, Isnes sera détruit et tous les habitants seront tués, ajoute l’Allemand.

Le curé est alors encore une fois traité d’anarchiste par un soldat qui lui colle sous l’œil gauche le revolver confisqué un peu plus tôt presbytère. Il est contraint d’ôter son chapeau et de saluer l’officier.

En regagnant les Isnes, le curé et ses compagnons d’infortune essuieront plusieurs coups de carabine.

Les maisons pillées aux Isnes

Toute la soirée, les lueurs de nombreux incendies, visibles depuis les Isnes, illumineront l’horizon vers Ferooz, Bothey et Mazy.

Le samedi 22 août, plusieurs habitants abandonnent leur maison tandis que d’autres se cachent dans les carrières. L’exode se poursuit le lendemain et ceux qui avaient choisi de rester seront enfermés dans les caves de la ferme Taburiaux jusqu’au lundi vers 20 heures.

Le dimanche des tirs d’artillerie sont échangés avec le fort de Suarlée et une vingtaine d’obus tombent près des fermes d’Isnes-les-Dames. Pendant l’assaut du fort, la plupart des maisons du village seront pillées et les rares hommes restés sur place seront réquisitionnés pour travailler aux tranchées.

Les Isnes auront une victime à déplorer. Un jeune garçon de 17 ans, Louis Dehoubert, tué à Suarlée, d’où il tentait de rejoindre son village.

En janvier 1919, le curé réclamera une indemnité pour les dégâts occasionnés au presbytère en 1914: à savoir 13 francs pour la réparation de la porte d’une armoire, 7 francs pour celle d’un volet extérieur et 1 franc pour une vitre du salon. Il demandera en outre 43 francs supplémentaires pour 16 clenches et 19 boules de cuivres des crémaillères des fenêtres enlevées en 1915.

© Pierre AUBRY – 2014

Bibliographie :

  • Schmitz J. et Nieuwland N. – Document pour servir à l’histoire de l’invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg – Deuxième partie – Le Siège de Namur – C. Van Oest et Cie, éditeurs – 1920 – pp. 343 et ss.

  • Hoc L. – Gembloux dans la tourmente 14-18, dans Le Cercle raconte n° 3 – Cercle Art et Histoire de Gembloux – 1975

  • Toussaint, J., Gembloux. La ville et l’abbaye. Aperçu géographique, historique et artistique, Gembloux, Les Editions de l’Orneau, 1977 – p. 571 à 589

  • Archives de l’Etat à Namur – Fonds Schmitz – 61-62-63-64-66

  • Archives de l’Etat à Namur – Archives communales d’Ernage 196-198

  • Archives communales de Gembloux, Délibération du Collège, 5 octobre 1915

  • Archives de l’Evêché de Namur

Retour Accueil  –  Retour Gembloux dans la tourmente

Publicités

Le site d'un Gembloutois

%d blogueurs aiment cette page :