De Gembloux à Jemeppe à bord du P’tit Mazy (V 2.2)

Ce texte a été publié en 2017 dans les n° 91 et 92 (épuisés) du Bulletin du Cercle royal Art et Histoire de Gembloux. Le journal L’Avenir du 4 septembre 2017 a consacré une page entière à cette publication.
La présente version (V2.2) est une version augmentée et mise à jour de l’article initial. Elle tient compte de la plus récente actualité de la ligne 144, notamment des travaux d’amélioration qui y ont été effectués par Infrabel en 2017 et 2018, ainsi que la problématique de la fermeture de la gare de Tamines

De Gembloux à Jemeppe à bord du P’tit Mazy

© Pierre AUBRY – 2018 (V2.2)

Au départ de la gare de Gembloux, la ligne de chemin de fer 144 ou ligne de l’Orneau permet de rejoindre la ligne 130 (Namur-Charleroi) à Jemeppe-sur-Sambre. J’ai vécu la plus grande partie de ma vie le long de cette ligne. Elle passe en effet au fond de mon jardin. Outre qu’elle traverse une bonne part du territoire de Gembloux, elle suit la vallée de l’Orneau et côtoie des sites intéressants et remarquables. D’autres endroits sont chargés d’histoire ou de souvenirs. Si de nombreux Gembloutois l’ont utilisée ou l’utilisent encore, en connaissent-ils son histoire, ses particularités et ses curiosités?

Embarquons dans le P’tit Mazy pour un voyage dans les souvenirs, le temps et l’espace. En voiture ! Le train va partir : « Ce train fera arrêt à Chapelle-Dieu, Vichenet, Mazy, Onoz, Jemeppe-Froidmont, Jemeppe-sur-Sambre et Tamines ! ».

L’histoire de la ligne 144

La ligne 144 permet de rejoindre la vallée industrielle de la Basse-Sambre en évitant Namur et surtout la montée très raide de la rampe de Rhisnes que les locomotives à vapeur avaient de la peine à franchir. Elle sert aussi de voie de déviation en cas d’incident entre Gembloux et Namur.

Son histoire remonte à la première moité du XIXe siècle puisque déjà en 1843 et en 1844, il avait été suggéré d’établir une liaison entre Jemeppe-sur-Sambre et Louvain par la vallée de l’Orneau. Une bonne décennie plus tard, le 9 juin 1855, le rail relie Gembloux à Bruxelles. Il atteindra Namur le 14 avril 1856. Vingt ans plus tôt, le 5 mai 1835, le premier train belge avait effectué en cinquante minutes le trajet de Bruxelles à Malines.

04bis – Construction du Railway Gembloux à la Sambre (367) © SAN  Mais le réseau doit s’étendre. Le 22 août 1874 le ministre des Travaux publics approuve le plan du tracé et du profil en long d’une ligne de chemin de fer de Gembloux à la Sambre. D’abord ouverte au trafic marchandises le 5 mars 1877, elle l’est au trafic voyageurs le 1er mai de la même année. A l’époque, il n’y a qu’une seule voie. Gembloux est ainsi relié à Jemeppe-sur-Sambre et au bassin industriel de la Sambre. La photo montre le chantier de construction de la ligne en 1876 à un endroit que je n’ai pas pu identifier (© SAN – Société archéologique de Namur).

En 1913-1914 une voie de raccordement est tracée entre Jemeppe-Froidmont et Ham-sur-Sambre pour faciliter la circulation des trains de marchandises venant de Namur et se dirigeant vers Anvers.

La mise à deux voies du tronçon Gembloux-Mazy est proposée à l’adjudication en 1912. Mais la seconde voie ne sera toutefois mise en service qu’en 1921. Dès lors, les trains venant de Gembloux et Ronet ne devront plus passer par Namur ou par Jemeppe-sur-Sambre.

La ligne 144 sera électrifiée en 1956.

De nos jours, après de nombreux travaux de modernisation, elle est à nouveau exploitée à voie unique, même si les deux voies existent encore. La caténaire surplombant la voie de gauche vers Gembloux a même été démontée en 2016-2017. La ligne est principalement dédiée au transport des marchandises.

Au printemps 2018, 14 kilomètres de rail ont été remplacés sur la voie encore en service. Les passages à niveau de la Vôte et de Chapelle-Dieu ont été fermés pendant une quinzaine de jours.

En septembre et octobre de 2018, le revêtement routier des passages à niveau de Chapelle-Dieu, de la Vôte et de Mazy a été remis à neuf.

En bout de ligne, à la fin de 2018, des menaces de fermeture planent sur la gare de Tamines. Une telle décision avait déjà été évoquée trois ans plus tôt et le nombre des guichets avait été réduit tandis qu’un automate de distribution des billets avait été installé.

Le dimanche 28 octobre 2018, plus de 150 personnes se rassemblent devant la gare pour protester contre la fermeture. Une pétition circule. Cette action est organisée par l’école du cirque Red Mark Circus, mené par Camille Maniscalco. Officiellement, la SNCB n’annonce pas de fermeture mais, d’après certains cheminots, les guichets, le sous-chef et le chef de gare devraient être supprimés au 1er janvier 2019. Euphémisme ou hypocrisie, la porte de la gare resterait toutefois ouverte…

Les politiques locaux s’emparent de l’affaire. Le collège échevinal questionne la SNCB qui répond – début 2019 – qu’une fermeture des guichets « n’est pas à l’ordre du jour ». Pour les chemins de fer, la rumeur serait née à cause d’une procédure de mise en vente d’un bâtiment voisin de la gare, « mais celle-ci n’est pas menacée ». Toutefois, les heures d’ouverture des guichets – et donc la présence de personnel – seront adaptés « en fonction des habitudes de fréquentation des voyageurs ».

Quelques accidents ou incidents

Si quelquefois du bétail s’est aventuré sur les voies et a parfois été tué par une locomotive, il y a eu peu d’accidents sur la ligne 144.

On retiendra que le mardi 10 mars 1925, vers une heure du matin, le conducteur d’un train de marchandises venant d’Arlon et se dirigeant vers Bruxelles ignore – ou ne voit pas – les signaux d’entrée de la gare de Gembloux. Il prend en écharpe un autre convoi de marchandises venant de Mazy. Le choc est effroyable et réveille tout le voisinage. Dans l’amas de ferrailles tordues on trouve le corps sans vie de Pierre Théseman, un serre-frein du dépôt d’Arlon. A l’époque de tels agents se trouvaient en effet à bord de certains wagons pour actionner les freins. Ces wagons étaient d’ailleurs pourvus d’une petite plate-forme avec une guérite permettant de s’abriter.

Plus près de nous, le 3 mars 2008, un accident a pour cadre le passage à niveau de Chapelle-Dieu. Un piéton y est heurté par le train E8691 venant de Gembloux. La victime, gravement blessée, est projetée sur l’autre voie. Le rapport d’enquête relève que « la signalisation de sécurité du passage à niveau n’a fonctionné que tardivement, très peu de temps avant que le train n’aborde le passage à niveau ».

En août 2012, un Gembloutois né en 1980 se jette sur les voies au passage d’un train au passage à niveau de la rue de la Vôte. L’homme est tué sur le coup.

Le 19 janvier 2017, un vol de câbles de grande ampleur à Jemeppe-sur-Sambre paralyse le trafic ferroviaire pendant quelques heures sur la ligne 144. Les câbles de cuivre volés alimentent en effet toute la signalisation et l’aiguillage à cet endroit.

Dans la nuit du samedi 6 au dimanche 7 octobre 2018 vers 3 h du matin, un automobiliste à bord d’une Volkswagen Polo perd le contrôle de son véhicule à Gembloux. La voiture reste immobilisée sur les voies de chemin de fer du passage à niveau de Chapelle-Dieu. La circulation des trains a été interrompue durant près d’une heure.

Le P’tit Mazy ou Le P’tit Gembloux ?

Pour les Gembloutois, le petit train de voyageurs qu’ils empruntent encore parfois est appelé Le P’tit Mazy. Pour les gens de Mazy, c’est Le P’tit Gembloux. Je ne trancherai pas ce débat, chacun y trouvant finalement son compte !

08- Petit MazyNombreux sont encore les voyageurs qui évoquent avec un brin de nostalgie le petit tortillard à vapeur d’avant l’électrification de la ligne en 1956. Les vaillantes petites locomotives tender de type 16 tiraient – parfois péniblement dans la côte de Vichenet – quelques voitures en bois. Je me souviens, enfant, avoir encore voyagé dans le sombre compartiment d’une voiture de troisième classe aux durs sièges vernis patinés par des générations de fonds de culottes ouvrières…

Des « abonnés » du quartier de la route de Mazy se souviennent avoir encore voyagé dans ce petit train à vapeur en 1958 avant qu’il ne soit remplacé par des rames électriques.

En 1903, huit trains partent tous les jours de Gembloux vers Jemeppe entre 3h44 et 20h43. Il y en a sept dans l’autre sens qui arrivent à Gembloux entre 5h45 et 19h56. Le trajet dure 26 ou 28 minutes, selon le cas.

Dans l’horaire de 1940, six départs sont initialement prévus tous les jours à Gembloux (entre 5h37 et 19h50) et cinq à Jemeppe (entre 6h33 et 18h50). En raison de la guerre, deux trains sont supprimés dans chaque sens. Le trajet dure alors 32 minutes.

En 1959, quatorze trains quittent Gembloux vers Tamines les jours ouvrables entre à 5h20 et 22h15. Deux trains ne roulent pas le samedi. Dans l’autre sens, le premier train arrive en gare de Gembloux à 6h31 et le dernier à 21h45. Le trajet dure 20 minutes.

Jusque dans les années 1970, plusieurs trains de voyageurs quotidiens sont encore en service. Il y a même un semi-direct pour Bruxelles matin et soir dans les deux sens, sans changement à Gembloux. Il aurait été demandé – disait-on – par les Glaceries d’Auvelais lors du transfert de leur siège à Bruxelles. Il s’arrête à Etterbeek.

En 2017, il n’y a plus que deux trains dans chaque sens matin et soir. Un service régulier d’autobus du TEC a remplacé la presque totalité des trains (ligne 144a). Le trajet de Gembloux à Jemeppe dure 16 minutes… Mais les arrêts de Vichenet, Onoz et Jemeppe-Froidmont ont été supprimés. Le même trajet en autobus dure 33 minutes.

Le samedi, il n’y a plus de trains directs entre Gembloux et Jemeppe-sur-Sambre. Il faut passer par Namur et le trajet dure trois quarts d’heure… Quant aux bus, il en reste trois au départ de Gembloux et quatre dans l’autre sens (mais l’un d’eux ne circule qu’entre Onoz et Gembloux). Il n’y a ni train, ni bus le dimanche.

Avons-nous gagné au change de la modernité et de la rentabilité ?…

La rue Victor De Becker

La ligne 144 emprunte sur quelques centaines mètres le tracé de la ligne 161 Bruxelles-Namur, dont elle se sépare, peu après le pont qui enjambe la rue Victor De Becker, qui portait auparavant le nom de rue des Fabriques.

La rue des Fabriques longeait jadis l’ancienne Sucrerie Stévenart, près de l’actuel terrain de football. Elle rejoignait la chaussée de Tirlemont en passant par la cour de l’ancienne sucrerie Ledocte (actuel Colruyt). Aujourd’hui, son tracé a été modifié. Elle débouche sur la chaussée de Namur (N. 4), près du pont de Landen.

Cette rue des Fabriques a été rebaptisée du nom du musicien et compositeur gembloutois Victor De Becker. Il habitait la grosse maison située juste après le pont, en face du terrain de football. Il est né aux Isnes en 1894 et est mort à Gembloux en 1952. Professeur de musique à l’Ecole moyenne de 1928 à 1944, on lui doit notamment la musique de Wicbertus, un opéra en trois actes et cinq tableaux dont l’avocat et historien Léon Namêche a écrit les paroles. L’œuvre sera représentée onze fois à Gembloux en 1922 pour le millénaire de l’abbaye. La reine Elisabeth assistera à la représentation du 7 août 1922.

L’école libre de musique, créée le 1er octobre 1922 à la suite de cet événement, sera placée sous la direction de V. De Becker. Elle sera reconnue par l’Etat l’année suivante et prendra le nom d’Académie de Musique. Elle occupe aujourd’hui les bâtiments de l’ancienne clinique Delrue (rue Docq) et porte le nom de son premier directeur.

Le chemin de fer et l’Institut

La ligne 144 amorce, après le pont, une longue courbe vers la droite pour longer le domaine de Gembloux Agro-BioTech, qui fait maintenant partie de l’Université de Liège.

Le 30 novembre 1874, la traversée des terrains de l’Institut agricole de l’Etat, comme s’appelle alors l’institution, fait l’objet d’une convention avec la Société anonyme pour la Construction des Chemins de Fer. Elle est signée M. Phocas Lejeune, directeur de l’institut.

On fait court à l’époque. La convention ne contient que dix articles. Elle prévoit le paiement à l’Etat belge d’une indemnité pour « la privation de jouissance de l’emprise de 81 ares 92 centiares » et d’une autre « résultant de haies à couper ou à transplanter ». L’abattage de 107 arbres est aussi indemnisé. Un petit tunnel et une porte sont prévus pour permettre à un tombereau attelé de deux chevaux de rejoindre les terrains situés de part et d’autre de la ligne. Le chemin de fer s’engage aussi à maintenir l’alimentation de la ferme de l’Institut par l’eau d’une source située de l’autre côté des futures voies, près des étangs. Enfin, un dépôt provisoire de matériaux de construction pourra être installé sur un terrain situé en dehors de l’emprise du chemin de fer. Ce dépôt de matériaux sera utilisé jusqu’en février 1877 avant d’être démantelé.

En février 1875, le Service de la Poste aux Chevaux de l’Administration des Chemins de fer, Postes et Télégraphes signale au directeur de l’Institut « qu’on avait fait abattre plusieurs arbres qui se trouvaient dans l’enclos faisant partie de la ferme de l’Institut appartenant à Madame la Comtesse Darrigade et louée à l’Etat belge ». Celle-ci se plaint de n’avoir pas donné son autorisation et ne veut pas « que l’on change le terrain avant que l’indemnité [pour l’expropriation] soit fixée par le tribunal ». Le directeur de l’Institut est prié de « veiller à ce que de tels faits ne se reproduisent plus et d’ordonner que les arbres abattus restent sur place ».

Les déportés de 1916

C’est le long de ces terrains qu’un train allemand a stationné le 22 novembre 1916. L’occupant y a embarqué les déportés civils du canton de Gembloux après les avoir « triés » dans la cour d’honneur de l’ancienne abbaye. Ces hommes passeront de longs mois en Allemagne.

Les sources divergent sur le nombre exact des déportés : 1200 sur la plaque commémorative placée au passage des Déportés, 1263 sur celle de l’avenue de la Faculté et 1600 dans le récit du chanoine Tharcisius, secrétaire de l’évêque de Namur, qui était présent ce jour-là à Gembloux.

Un peu plus loin, un pont permet aux trains de passer sous l’avenue Maréchal Juin (anciennement la rue du Bordia). Dans cette rue se trouvait notamment la Brasserie Docq et, dans les années 1970-1980, la Maison internationale.

Le nom de rue du Bordia vient de l’ancien français bordel et est un dérivé de borde (cabane). Aucune nuance péjorative ne doit être attachée à ce mot… Quant au maréchal Alphonse Pierre Juin, il commandait une partie des troupes françaises qui se sont battues à Gembloux en mai 1940.

Le train longe ensuite la rue de Gibraltar, ancienne rue aux Buses. Elle tiendrait son nom d’une ancienne bière : La Gibraltar.

Le pont de l’avenue des Combattants

Le pont de l’avenue des Combattants a été dynamité en 1944. Deux plaques sont fixées aux parapets du pont. Elles rappellent que l’ouvrage a été reconstruit en septembre 1944 par les soldats du 375th Engineer G. S. Regiment de l’armée américaine.

La route nationale Namur-Bruxelles passait sur ce pont avant que le contournement de Gembloux ne soit ouvert. Elle est devenue les actuelles avenues des Combattants et de la Faculté.

Le peintre Pol Fraiture a passé une partie de son enfance et de son adolescence dans la maison située n° 7 de la rue Joseph Laubain, juste à côté du pont. Nous étions tous les deux dans la même classe de l’Athénée royal de Gembloux et nous allions souvent jouer dans une cave, seul vestige d’une maison détruite par l’explosion de 1944, et qui se trouvait dans son jardin le long de la voie ferrée.

Pol est né le 17 décembre 1946 à Ixelles, mais c’est à Gembloux qu’il a peint ses premières œuvres à l’âge de 13 ans. Lauréat de plusieurs concours et après une première exposition à Namur en 1965, il exposera ses toiles peintes au couteau notamment à Bruxelles, Paris, Genève et Amsterdam ainsi qu’aux USA. Il est mort à Bruxelles le 8 novembre 1981.

Joyeux drille, mais souffrant très jeune de problèmes d’audition, je me souviens qu’il perturbait le cours de néerlandais en faisant siffler son appareil auditif pour notre plus grande joie… Nous avions treize ou quatorze ans et toute la vie devant nous !…

Le passage à niveau et la halte de Chapelle-Dieu

Peu après le pont de l’avenue des Combattants, à la sortie d’une longue courbe, la ligne de chemin de fer traverse la rue Chapelle-Dieu par le passage à niveau n° 1 qui permet de rejoindre la rue de Mazy et la rue Joseph Laubain.

Cette dernière s’est appelée rue Gare Chapelle-Dieu jusque dans les années 1960. Elle changera de nom pour honorer Joseph Laubain, un écrivain gembloutois né le 26 février 1877 et décédé le 2 février 1952. En 1940, il sera un temps bourgmestre faisant fonction de la ville en remplacement de Jules Bruyr qui a quitté la ville. Il est l’auteur de nombreuses pièces de théâtre dialectal. Il a aussi écrit des poèmes. Mais on se souvient plus particulièrement de lui comme auteur des paroles de l’hymne gembloutois Efants d’Jiblou officialisé en 1949 que l’on chante encore dans les grandes occasions et qui est égrené régulièrement par le carillon du beffroi communal.

Juste après le passage à niveau, la ligne 144 atteint son premier arrêt : la halte de Chapelle-Dieu.

11 - Quartier Chapelle-Dieu

Aujourd’hui, elle se résume à deux quais ayant chacun un petit abri en béton. Un seul est encore utilisé en 2017 : celui du côté de la rue de Mazy. Mais autrefois, il y avait un petit bâtiment en briques rouges avec une salle d’attente chauffée, un guichet et un abri pour les vélos.

Une petite maison surplombe encore la rue de Mazy et le quai. Elle appartenait à la société des chemins de fer qui y logeait la famille d’un de ses agents. Une des dernières gardes-barrières, Marguerite Thibaut, y a habité. Son mari, Jules Matagne, était garde-salle à la gare de Gembloux. Il contrôlait les billets des voyageurs et tenait à jour au moyen de plaques émaillées le tableau affichant l’horaire des trains

Aujourd’hui entièrement automatisé, le passage à niveau n° 1 était autrefois gardé. La garde-barrière, qui vendait aussi les tickets, assurait la manœuvre des barrières au moyen d’une grande manivelle qui se trouvait sur le quai en direction de Gembloux. Le soir, les barrières étaient cadenassées vers les 22-23 heures et ne permettaient le passage que des seuls piétons et cyclistes. Un café, La Cambuse, se trouvait tout près.

La Chapelle-Dieu

En face du passage à niveau, entre la rue de Mazy et la rue J. Laubain se trouve la Chapelle-Dieu. Elle rappelle qu’une bataille s’est déroulée à cet endroit en 1578. Don Juan d’Autriche, qui commandait les troupes espagnoles, aurait fait construire ce petit sanctuaire pour rappeler sa victoire sur les Gueux. Les combats ont été sanglants. Les morts auraient été enterrés sur place dans la « Fosse des Gueux ». Il n’est pas impossible que le nom « Chapelle-Dieu » soit une déformation de « Chapelle des Gueux », comme elle se serait appelée autrefois.

Une pierre est scellée dans le mur qui entoure la chapelle. Il y est écrit : « Cette chapelle a été érigée en souvenir de la défaite des Gueux par Don Juan d’Autriche dans la bataille qu’il leur livra ici le 31 janvier 1578 ».

En 1874, au moment de la création de la ligne 144, les rues Elisabeth, Albert et Paul Tournay toutes proches n’étaient tout au plus que des chemins de terre ou des sentiers comme en témoigne la carte d’état-major en annexe.

Près de la gare de Chapelle-Dieu, se trouve actuellement le centre sportif et le bassin de natation de Gembloux.

Le quartier de la Vôte

Quelques centaines de mètres après Chapelle-Dieu, la ligne 144 atteint le passage à niveau n° 2, dit de la Vôte. Lui aussi est maintenant entièrement automatisé. Autrefois, il était gardé. Les gardes-barrières y étaient des hommes, alors que celui de Chapelle-Dieu, était généralement gardé par des femmes.

Aujourd’hui démolies, une cabine de signalisation – le block – et une maison de la société des chemins de fer existaient à côté du passage. La famille Garot a occupé la maison en dernier lieu avant sa démolition. Un sémaphore situé avant le passage permettait de régler le passage des trains vers Gembloux.

14- PN Vote

La rue de la Vôte est une des très vieilles rues située hors des murs de Gembloux. Selon la tradition populaire, son nom lui viendrait de ce que les crêpes – les vôtes en wallon – y auraient été très prisées. Mais il pourrait aussi venir du fait que pour accéder à cet endroit, il fallait passer sous une voûte dans les remparts.

C’était un quartier dit « populaire », mais très vivant. Dans les années 1960, quelques petits commerces et quelques artisans y prospéraient.

Il y avait dans les parages quelques petites fermes (Legros, Marie Lorint, D’Jean dès Maïeur, Sinnaeve, Ghyselings, etc) et quelques coutelleries (Colasse, Winand, Marlier, etc). Dans la rue de la Vôte, deux boulangers cuisaient le pain : Deprez au n° 4 et Marroye (Chez Popote) au n° 84. L’horticulteur Marcel Duvivier approvisionnait le voisinage en fleurs et plantes de toutes sortes au n° 64. Jules Aldric était entrepreneur en maçonnerie au n° 62. Il y avait aussi quelques petites épiceries dans le quartier : L’Elan (au n° 36 de la rue de la Vôte), Le Rouet (au n° 36 de la rue Elisabeth) et Chez Meurisse (au n° 15 de la rue du Bois). Un plombier, Henri Baudet, habitait au n° 2 de la rue des Champs. Albert Despontin exerçait le métier de tailleur au n° 24 de la rue Elisabeth. Fernand Debled coiffait les hommes du quartier le soir dans sa maison au n° 53 de la même rue. Sur la place de l’Abattoir, toute proche, il y avait bien sûr l’abattoir communal mais aussi quelques cabarets : Le café de l’Abattoir et Chez Champagne et, aux coins de la rue Sainte-Adèle, Chez Gaston Charles et Chez Fifine Daufort. Cette dernière vendait aussi des bonbons. L’abattoir communal et les luttes de balle pelote fournissaient une bonne partie de la clientèle des bistrots.

Dans les années soixante, l’abbé Philippe Maistriaux, vicaire à Gembloux, s’est installé au cœur du quartier, dans une petite maison au 56 de la rue de la Vôte, située juste en face de la rue Elisabeth. Il lui est souvent arrivé d’être invité ou de s’inviter le soir à partager le repas de l’un ou l’autre de ses voisins, sans s’occuper des opinions politiques ou religieuses. Certains matins humides, il lui arrivait de lancer sa 2 CV dans la descente de la Vôte pour la faire démarrer. Philippe était un peu comme le grand frère des adolescents que nous étions. Après son vicariat à Gembloux, il a été successivement curé à Grand-Manil et à Malonne. Il est mort dans un accident de voiture le 2 septembre 1982.

C’est dans la rue du Bois, de l’autre côté du passage à niveau, qu’a habité Emile Lacroix. Socialiste acharné et anticlérical convaincu, il fut mon instituteur de sixième primaire dont les classes de l’Athénée royal donnait sur le sentier des Closières. Comme ses deux frères Arthur et Félix il se lança en politique. Arthur fut sénateur-bourgmestre de Gembloux. Félix fut échevin à Gembloux. Emile, quant à lui, quitta Gembloux et fut élu bourgmestre de Farciennes. Il a aussi siégé comme député et devint, dans les années 1980, Gouverneur de la province de Namur.

Dans la rue Paul Tournay, se trouve encore en 2017 un temple de l’église protestante. Je l’ai toujours connu. C’est aussi dans cette rue que le peintre André Mohimont (1940-2012) a passé toute sa vie. Il était professeur de dessin à l’Athénée royal. On lui doit de nombreux dessins, croquis et peintures de notre ville.

Une course cycliste était souvent organisée à l’occasion de la Fête à l’Abattoir. L’arrivée avait lieu au sommet de la rue de la Vôte, devant la boulangerie Marroye dont le patron Jean-Baptiste offrait généreusement le premier prix.

Tout près, au n° 9 de la rue des Champs, il y a toujours une école gardienne que j’ai fréquentée comme tous les gamins du quartier. Je n’étais pas peu fier, car c’était mon papa René Aubry, alors entrepreneur, qui l’avait construite.

Juste à côté, sous l’impulsion d’un comité de quartier, l’ancienne coutellerie Marlier a été transformée dans les années 1960 en chapelle (Notre-Dame des Champs) et en salle des fêtes (La Chaumière). On y priait et on y dansait tous les week-ends. Aujourd’hui, elle a été transformée en un loft de 340 m².

Le feu à la Vôte en 1849

La nuit du 18 au 19 octobre 1849, un peu après minuit, un incendie éclate dans la rue de la Vôte. Probablement dû à la foudre, il démarre dans une écurie. Le feu est attisé par un vent violent. Il détruit quatorze maisons en torchis et toits de chaume, ainsi que de petites granges et des étables.

Il y a 71 sans-abri appartenant à la classe la plus pauvre de la ville. Ils ont perdu leurs maigres biens : récolte de l’année, provisions, meubles, habits,etc. Un appel à la solidarité est lancé et une collecte rapporte 2.533,90 francs alors que les pertes sont estimées à 13.420 francs. Le conseil communal lance même un appel à l’aide au roi Léopold Ier et à la reine Louis-Marie.

Dans la liste des chefs de ménage sinistrés, il y a des noms de familles dont certaines vivent encore dans le quartier en 2017 : Martin, Théodore et Jean-Baptiste Depireux, Gillain et Joseph Henry, les frères et sœurs Chantraine, Joseph Winand, Martin Albert ainsi que Joseph Lecouffe, François Legros, Emmanuel Debelle, Albert Marloye et Jean-Baptiste Gourdin.

Une chanson en wallon de Martin Vandeloise, dit Molkin, perpétuera le souvenir de cette catastrophe.

Peu après l’incendie, l’usage du torchis et des toits de chaume sera interdit. Il faudra dès lors utiliser des briques et des tuiles. Les fenêtres devront aussi avoir certaines dimensions. Le puits commun sera approfondi et les fontaines publiques seront améliorées.

En 1850, la commune constate qu’une quarantaine de maisons de la Vôte sont dans un « état d’insalubrité proverbial », qu’il faut une bonne voirie et qu’un écoulement des eaux doit être prévu. La rue de la Vôte et la rue des Oies seront empierrées à cette époque.

Le pont de la rue Chapelle-Moureau

Un peu plus loin, la ligne 144 passe sous le pont de la rue Chapelle-Moureau, près du Culot, un autre quartier dit « populaire » de Gembloux.

La rue doit son nom à une toute petite chapelle située au coin de la rue de Mazy (autrefois appelé Brizé do Mazy). Elle aurait été construite à la mémoire d’un soldat français tué à cette endroit. Mais cela reste à prouver. Le lieu est déjà cité en 1751, 1774 et 1795 dans les échevinages ou registres des décisions des échevins de Gembloux. La chapelle actuelle porte la date de 1832.

C’est dans cette rue, au n° 35, qu’habitait François Depireux (1921-2006). Il a été administrateur du Cercle Art et Histoire. On lui doit plusieurs publications et quelques peintures.

Le Culot

Dans le quartier du Culot, il y avait encore dans les années 1950-1960 une fête annuelle : la Fête au Culot. Elle se tenait dans une pâture située juste à côté du pont, où se trouve l’actuel dépôt communal. Quelques baraques de forains et des jeux populaires attiraient jeunes et vieux qui se mesuraient notamment à la course en sacs, à la course aux œufs et autres divertissements. Je me souviens de ce jeu qui consistait à rechercher avec la bouche des pièces de monnaie cachées dans une platine de farine…. Le gros lot était une pièce en argent de 20 francs. Une fortune à l’époque… Plus tard, la fête s’est tenue quelques temps devant La Chaumière, dans la rue des Champs, avant de disparaître comme la Fête à l’Abattoir.

Culotis de grand renom, l’écrivain Jean-Pierre Verheggen a passé sa jeunesse dans la rue des Champs. Ses parents habitait au numéro 48 de la rue. On lui doit une œuvre littéraire importante, dont notamment Ridiculum Vitae qui a obtenu le grand prix de l’humour noir en 1995. Un livre qu’il m’a dédicacé d’une manière originale bien dans son style décoiffant : « Ce ridiculum vitae, c’est Draculot ou Ridiculot notre vie – Magnifique ! – dans notre quartier d’enfance préféré ».

La Confrérie des Chevaliers de la Coutellerie est créée le 22 juin 1980 dans le quartier. Son but est de « faire revivre au sein de la Cité des Couteliers, les traditions qui lui sont propres et doter la cité déjà riche en activités d’un trait d’union folklorique ».

Le Culot avait (et a encore) ses deux géants : Nanêche et Cacatte, baptisés ainsi en souvenir de deux habitants du quartier. La marraine d’un des géants était Yvette Bassinne. Elle et son mari Louis François ont longtemps « fait le taxi » au départ du n° 46 de la rue des Champs. Après le décès de son mari, Yvette a continué seule jusqu’en 2012 – et à près de 80 ans -, à véhiculer les gens du quartier. Elle aurait bien continué, mais la vaillante voiture ne répondait plus aux normes de sécurité. La petite Yvette est décédée le 24 février 2016.

17 - Naneche - Géant du culot - 1977
Nanêche, un des géants du Culot en 1976

Dans les années 1960, Louis conduisait aussi l’ambulance de Gembloux – un antique combi VW garé devant chez lui – dont Albert Despontin (dit Ponpon), tailleur de son état, était l’ambulancier attitré. Lorsque l’ambulance partait de la rue des Champs pour une urgence, Louis n’hésitait pas à mettre en route le klaxon bitonal au milieu de la nuit pour prévenir Albert – qui habitait à la rue Elisabeth – de son arrivée. Il m’a dit un jour qu’il avait battu son record : moins de huit minutes pour rejoindre l’hôpital St-Camille de Namur (aujourd’hui le CHR). Et l’autoroute n’existait pas encore !…

Quelques petits commerces et artisans animaient encore le quartier du Culot dans les années 1960. Franz Renson avait son atelier de menuiserie dans la rue du Culot. Un cordonnier y ressemelait aussi les chaussures après journée. Au numéro 19, existait un petit magasin (Le Pachi) et au n° 52, il y avait une boulangerie (Béthume). Une boucherie (Martin) proposait une viande de qualité au n° 31 de la rue de la Treille. La bouchère s’appelait Marie. Elle offrait toujours un morceau de boudin ou de saucisson aux gamins qui venaient prendre la viande, histoire de les encourager…

Sur les hauteurs, le long de la route de Mazy, se trouve encore une maison que l’on appelait la Ferme de Tous vents. Au moment de la création de la ligne 144 c’était un cabaret identifié comme tel sur les cartes d’état-major. Au début du XXe siècle, il a été en partie détruit par un cyclone.

En septembre 1944, le pont de la rue Chapelle-Moureau a été miné par l’armée allemande. Le 4 septembre, Joseph Romain et Roger Préat, deux résistants du groupe des Partisans Armés, essayeront d’en empêcher la destruction et de le déminer. Ils seront repérés, blessés et capturés par les Allemands. On les retrouvera abattus dans un champ. Le pont sera finalement dynamité. La charge était tellement puissante que beaucoup de maisons du quartier (dont celles de mes parents et de mes grands-parents) ont vu leurs plafonds fissurés.

Yvette Bassinne se souvenait bien de cette histoire. Peu de temps avant son décès, elle m’a raconté qu’un pavé projeté en l’air par l’explosion est retombé à quelques centimètres de ses pieds. Elle était assise sur le seuil de la maison de ses parents, au bout de la rue des Champs (n° 46), située à un peu moins de 200 mètres à vol d’oiseau du pont.

Juste à côté de ce dernier, il y a le Tennis Club de Gembloux crée en 1977. Il a compté à sa période de gloire jusqu’à 700 membres, dont certains classés dans le top belge. A la fin de 2014, après sa reprise en main par une nouvelle équipe de direction, il en comptait encore quelque 330.

La rue à l’Eau

Un peu plus loin, le P’tit Mazy passe au-dessus de la rue à l’Eau qui constitue la limite entre Gembloux et Grand-Manil. Elle doit son nom aux nombreuses sources qui existent à cet endroit. Dans cette rue, il y avait aussi quelques petites fermes.

La poudrière de Corroy-le-Château

Dans les bois voisins, la ligne 144 passe au-dessus de la rue de la Poudrière, un petit chemin forestier descendant de la rue de Mazy et se dirigeant vers Corroy-le-Château. Ce chemin franchit l’Orneau au lieu-dit Baraque Tricot.

Peu de Gembloutois savent qu’en mai 1841, on a bâti une usine et une maison à cet endroit.

L’usine était destinée à la fabrication de « poudre à tirer, de guerre, de chasse et de mines » selon un procédé original. Ses inventeurs Rodolphe Tschiffely, ex-colonel de l’armée de Berne installé à Gembloux, et L. Schepeler, colonel prussien en retraite habitant à Aix-la-Chapelle, le déclarait « supérieur à tout autre connu ».

Avec le marquis de Trazegnies, le notaire gembloutois de Lathuy et le colonel d’artillerie belge Winssinger, les deux hommes avaient constitué en 1840 une société dont la raison sociale était Poudrière de Corroy-le-Château. Le marquis loua le terrain de la Baraque Tricot à la société.

Un barrage sur l’Orneau produisait une chute d’eau de 5 mètres activant une roue hydraulique mettant en mouvement des machines à broyer. Au début de 1842, cinq ou six ouvriers et ouvrières commencèrent la production sous l’autorité du régisseur Tournay. La poudre produite était stockée dans des tonneaux en hêtre de 50, 25 et 12,5 kg déposés au fond de l’Orneau pour éviter tout accident. La livraison était très réglementée et soumise à autorisation spéciale du gouverneur de la province. Elle se faisait sous escorte militaire jusqu’en 1858. Pendant le transport, les barils étaient recouvert « d’une peau humide ».

L’entreprise fabriqua aussi des poudres pour les feux d’artifice, des chandelles fusantes, des étoiles lumineuses et des feux de Bengale multicolores.

En 1860, l’usine fut endommagée par une explosion qui provoqua des dégâts sans interrompre pour autant la production. Elle cessera ses activités en 1864.

Dans son mémoire sur la toponymie de Gembloux, Danielle Closset précise que la fabrique a sauté trois fois. Lors de la troisième explosion, il y eut des morts.

A la fin de 2016, la maison du directeur de la poudrière existe encore. Elle a été restaurée et est habitée. L’usine a disparu. A l’endroit où un méandre de la rivière forme un S, il n’en reste dans le bois que deux pans de murs le long de l’Orneau. A la base de l’un d’eux, on peut encore voir au ras du sol le sommet d’une arcade presque totalement enterrée. Un passage ou une fenêtre donnant sur la rivière devait se trouver là. Deux ou trois grosses pierres taillées et un muret de pierres plates se trouvent encore aussi sur le site. Ce sont les derniers témoignages d’une activité industrielle insolite et oubliée de notre région.

Les Trois Ponts

Le train passe ensuite sur un pont à trois arcades : Les Trois Ponts.

21 - Trois Ponts

Tout près l’Artonle ruisseau qui vient de Lonzée – se jette dans l’Orneau.

A proximité, une station d’épuration rejette dans l’Orneau les eaux usées de Gembloux après les avoir traitées. Inaugurée le 4 décembre 1991, elle est reliée à la ville par un collecteur construit en 1984.

La halte, le passage à niveau et le château de Vichenet

Le château de Vichenet est situé à flanc de colline, à droite de la voie ferrée. Il date du XVIIIe siècle et est devenu en 1869 propriété, par héritage, de Charles de Romrée. Le château est dominé par une grande tour carrée de style Tudor. A la fin de 2016, il était en cours de restauration. Résidence privée, il ne se visite pas.

23 - Vichenet
Le P’tit Mazy à la gar de Vichenet (Photo SNCB – © Train World Heritage)

La tradition rapporte que les propriétaires du château ont exigé qu’une halte gardée et un passage à niveau non-gardé soient installés à cet endroit en contrepartie de la traversée de leurs terres. Le passage à niveau défendait l’entrée d’un chemin privé vers le château. Il était fermé en permanence. Une petite maison était construite juste à côté pour loger le personnel et – si je me souviens bien – un petit abri pour les voyageurs. La dernière personne à y habiter est Philippe Lacroix.

On raconte aussi que le comte Charles de Romrée – qui était ambassadeur – a un jour pris le train à Vichenet pour se rendre à… Pékin.

Lorsque le passage à niveau fut supprimé, la maison a été démolie et remplacée par un abri en béton. La halte ferroviaire sera définitivement fermée en 1988.

24 - Vichenet
La gare de Vichenet (Photo SNCB © Train World Heritage)

 

La longue rampe de Vichenet n’était pas très appréciée par les équipages des locomotives à vapeur. A la montée, il fallait pousser le feu pour la franchir et il n’était pas rare, à certaines saisons, que les roues patinent sur les rails verglacés ou couverts de feuilles mortes. Il est même arrivé que des convois soient en détresse à cet endroit. Cette mésaventure est notamment arrivée à Philippe Bauwens, qui était garde-train.

Le pont de la rue Mautienne

Peu avant Mazy, le train s’engage sous le pont de la rue Mautienne.

En 2016 et 2017, des travaux ont été effectués sur cet ouvrage par Infrabel pour le rehausser afin de permettre le passage des trains à deux étages de la ligne 161 en cas d’incidents entre Gembloux et Namur.

L’ancien tablier du pont a été démoli et remplacé par un nouveau le jeudi 12 avril 2018. Long de 12 mètres et composé d’éléments préfabriqués en béton armé, ce dernier pèse une centaine de tonnes. Il a été mis en place en moins d’une demi-heure par une grue. Construit à Anvers, il a été amené sur place par un convoi routier exceptionnel. Le conducteur du poids lourd a dû démontrer toute son habilité en traversant les routes sinueuses de la rue Mautienne du côté de Bossière.

Infrabel a profité de l’occasion pour rénover les voies pendant la fermeture de la ligne 144. Une quinzaine de kilomètres de rails usés par le temps ont été remplacés. Ils étaient en place depuis 1961. La voie de gauche, dans le sens Jemeppe-Gembloux a été désaffectée et la caténaire en a été enlevée. Le trafic ferroviaire se fait donc dans les deux sens à voie unique sur l’autre voie.

Mazy

Un peu plus loin, le train longe d’anciens fours à chaux avant d’aborder la gare de Mazy. C’est une des plus importantes de la ligne 144 puisque des voies de garage le long des usines permettaient le chargement des trains de marchandises. Le dernier chef de gare de Mazy a été Claude Regnier. Il a cessé ses fonctions à la fermeture de la gare en 1984.

MAZY - Gare

Lors des fusions de communes de 1977, le village de Mazy a été rattaché à Gembloux. Son nom évoque un mas ou une petite ferme. Il y avait probablement là une exploitation agricole romaine. Des poteries romaines ont en effet été retrouvées dans les douves de l’ancien château. Car il y avait un château à Mazy depuis le XIIIe siècle. Démoli et reconstruit entre 1896 et 1901, il sera définitivement remplacé par une villa vers 1958.

Le village de Mazy est donc très ancien. Il est mentionné pour la première fois dans un écrit de 1265.

Pendant longtemps, c’est un lieu de passage important car un gué y existe. Il permet à la route Bruxelles-Namur de franchir l’Orneau. Au XVIIe siècle, elle n’est tout au plus qu’un chemin de terre malaisé et boueux. Un pont sera construit en 1751 et un relais de poste y sera installé.

Vers 1690, un coche postal passe par là une fois par semaine. Il faut un jour en été et deux jours en hiver pour rejoindre Bruxelles. Les voyageurs passent la nuit à Genappe. Au XVIIIe siècle, il y aura jusqu’à trois diligences par semaine.

26 - Mazy Château avec dilligence 1820
La diligence devant le château de Mazy en 1820 (Photo collection R-M. Thibaut -Mazy)

Des personnages illustres et de nombreuses armées passent par Mazy au fil du temps.

En 1692, le roi Louis XIV, en guerre contre l’Espagne, loge au château pendant le siège de Namur. Trois ans plus tard – lorsque le roi Guillaume III d’Angleterre reprend la ville en 1695 – des troupes traversent à nouveau le village.

On remet cela en 1746. Nos provinces – les Pays-Bas autrichiens – sont à nouveau en guerre avec la France. Charles de Lorraine tente d’arrêter les Français. Il installe un temps son quartier général à Mazy avant de se replier.

En 1792, les armées de la république française, commandées par Dumouriez, campent à Mazy et à Onoz avant de prendre Namur.

En juin 1815, avant la bataille de Ligny, Blücher et ses troupes traversent Mazy pour rejoindre Sombreffe. Quelques jours plus tard, après la bataille de Waterloo, c’est au tour du maréchal Grouchy, pris en chasse par un corps de Prussiens, de passer par là avant de rejoindre Namur, puis Givet.

Mazy, un village prospère

Mazy est, à partir de la fin du XVIIIe siècle, une localité industrieuse et prospère. Un laminoir et un marteau-pilon y sont installés. L’industrie du fer s’y développe donc jusqu’en 1839.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la gare joue un rôle important dans le développement économique du village. Une scierie de marbre est mise en service dans le quartier du Ranil, en lieu et place du laminoir, tandis qu’une usine à vapeur est construite le long de la ligne de chemin de fer. Le marbre y est scié, poli et travaillé.

Le marbre noir de Mazy est célèbre depuis longtemps. On en retrouve au château de Versailles. Il provient du sous-sol des campagnes de Golzinne et d’Hermoye. En 1896, il n’y pas moins de huit carrières, trois scieries, ainsi que trois ateliers de marbrerie et de sculpture. Toutes ces entreprises occupent un total d’environ 300 personnes. L’extraction atteint son apogée entre 1920 et 1930. A cette époque, plus de 10.000 tonnes de marbre sont exportées chaque année dans le monde entier. En 1937, il ne reste que trois carrières et deux scieries qui donnent du travail à 250 personnes. Vingt-cinq ans plus tard, deux usines extractives emploient encore 136 ouvriers.

Dans les années 1980, j’ai eu l’occasion de visiter la carrière souterraine qui se trouve sur les hauteurs de Golzinne, au bout de la rue de la Fausse Cave, alors qu’elle était encore en exploitation. C’était un univers dantesque de ténèbres humides et de bruits assourdissants. On accédait aux galeries après une descente verticale dans une cage de fer « ballottante », suspendue par un crochet à un câble dont le treuil servait aussi à remonter des pierres énormes. Les plaques de marbre étaient extraites à la main, à coups de masses enfonçant des coins de métal dans la pierre pour la faire éclater. Il n’y avait aucun Belge parmi les ouvriers. Ils travaillaient dans des conditions dignes d’un roman de Zola. J’ai compris alors toute la vérité de l’expression « les damnés de la terre ».

Après sa fermeture, cette carrière a été transformée en captage et en réserve d’eau potable.

En 2017, la société Merbes-Sprimont exploite encore une carrière souterraine à Mazy, sous la dénomination Carrière de Marbre noir de Golzinne. Les blocs de marbres sont extraits d’une profondeur de 70 mètres. Cette société emploie une quinzaine de personnes en Belgique dans son usine de sciage et de polissage de Labuissière et dans sa carrière de Mazy.

Au cours des âges, plusieurs industries sont aussi installées à Mazy : notamment une scierie hydraulique à Falnuée, une carrière du côté de Spy, une scierie de marbre près du moulin d’Alvaux, une exploitation de pierres de taille, des fours à chaux, etc.

Haut de quarante mètres, un trépied en acier inoxydable surplombe aujourd’hui le village. Il s’agit d’une tour d’équilibrage de la pression du réseau de distribution d’eau potable de la société Vivaqua. Un système de vannes, commandé depuis Bruxelles, répartit l’eau en provenance de divers captages namurois. Cette tour a été mise en service en octobre 1969. Elle alimente la région bruxelloise en eau wallonne.

L’église de Mazy

Sur le plan religieux, le village de Mazy a fait partie depuis ses origines de la paroisse de Bossière qui regroupait aussi Beuzet et Les Isnes. Beuzet devient une paroisse indépendante en 1842 et Les Isnes aura le même statut en 1859. Mazy, quant à lui, est détaché de Bossière en 1875.

Les rênes de la nouvelle paroisse de Mazy sont d’abord confiées à l’abbé Vincent. Il reste cinq ans en place. Lui succèdent les abbés Sonnet (1880-1881), Boulle (1881-1884) et Brichard (1884-1910). Le curé Vital Van Hemelrijk aura ensuite un pastorat très long, de 1910 à 1950. C’est l’abbé Guillaume Joseph qui prend la suite jusqu’en 1993. Un curé qui, aux dires de certaines de ses ouailles, aimait bien siroter un bon petit verre de porto.

De style néo-roman, l’église de Mazy est dédiée, sans surprise, à sainte Barbe. Celle-ci est en effet la patronne des mineurs. Le maître-autel fait la part belle aux productions locales : pierre bleue et marbre noir.

Mazy, un village bien vivant

A Mazy, après la seconde guerre mondiale, le petit commerce est florissant. On en trouve des publicités dans le programme d’une « Grande Soirée de Gala Wallon » qui a lieu en 1947. Elle est organisée au profit d’un sinistré de guerre par la Société du Jeu de Petite Balle au Tamis et sa troupe l’Union Mazycienne dans la salle Billard-Ledent.

Plusieurs commerçants patronnent cette manifestation. Dans le programme, la Maison E. Rousseau-Libert annonce que l’on peut trouver fruits, légumes et poissons dans ses rayons (chaussée de Namur). L’épicerie Soleil (Maison A. Vandeloise-Winand) se dit spécialisée dans les vins et les apéritifs (rue d’Alvaux). La Maison Achille Chaput peut procurer « en confiance » des meubles, mais aussi des voitures d’enfant et des couvertures de laine (chaussée de Namur). Chez Michaux, on peut faire réparer son vélo (rue de la Salandre ) et chez Gaston Ledent son poste de radio (rue de Bossière).

Ces commerçants ou artisans ne sont pas les seuls du village. Fernand Wilmet fournit à domicile pailles, betteraves et pommes de terre. Le Maître Fourreur A. Gilson-Masset répare ou transforme les manteaux de fourrure et propose un grand choix de renards argentés. Georges Evrard, de son côté, livre « dans tous le pays » des produits pour l’élevage. Un magasin de L’Economie populaire se trouve au n° 39 de la chaussée de Nivelles.

Rose-Marie Thibaut est née en 1942 à Mazy. Elle se souvient très bien de certains commerces qui animent les environs de la gare de Mazy dans les années 1950-1960. L’épicerie tient une belle place. C’était avant la multiplication des grandes surfaces. Les ménagères de l’époque s’approvisionnent notamment à L’Abeille et chez Germaine Rousseau, mais également chez sa maman Dora Thibaut-Dubois qui vend aussi de la mercerie et tout ce qu’il faut pour la couture.

Le boulanger Docquir prépare le pain à la rue Emile Pirson. Une boucherie se trouve déjà en face de la rue de Marsannay-la-Côte. Un bureau de poste, aujourd’hui fermé, permet d’effectuer toutes les opérations postales. Le lait, le beurre et les œufs sont vendus directement du producteur au consommateur à la ferme Collard, dans le bas du village,

Dans l’immédiat après-guerre, plusieurs ménages d’ouvriers italiens viennent à Mazy pour « travailler le marbre ». Pour les loger, la Marbrerie Dejaiffe fait même construire six maisons pour les loger. Certains de ces couples de travailleurs transalpins font souche dans la région. Mme Thibaut se souvient très bien que son épicière de maman trouvait « parfois bien difficiles » les ménagères italiennes qui venaient s’approvisionner dans son commerce…

Quant aux loisirs dans ces années-là, outre des cafés comme Chez Barbier, le Cercle Sainte-Barbe accueille près de l’église diverses activités : soirées dansantes, théâtre, couture, gymnastique, etc.

Au début du XXe siècle, il y a la salle de Célestin Thibaut où des soirées dramatiques et musicales sont organisées. Le compositeur Maurice Guillaume y a donné quelques concerts. C’est un enfant du village où il est né en 1899. Il sera premier prix du Conservatoire de musique de Bruxelles en 1924 et diplômé de virtuosité dans la classe d’Auguste De Boeck en 1927. Il a joué sa musique à Bruxelles à l’occasion de l’exposition universelle de 1958. Il a composé une œuvre importante : pas moins de 83 titres qui abordent aussi bien l’orchestral que la musique de chambre, le répertoire lyrique, le piano, l’orgue, les pièces vocales et la musique sacrée. Il est mort en 1983. Le Conservatoire de Musique et des Arts parlés de Châtelet porte son nom.

Les deux écoles primaires de Mazy ne sont pas mixtes dans les années 1950-1960. Les filles fréquentent l’école catholique, rue des Anciens Combattants, et les garçons l’école communale, place de l’Eglise. Pour les humanités, on doit se rendre à Gembloux ou à Tamines. Ici encore, la ligne 144 joue un rôle important dans les déplacements.

Dans ces années-là, la jeunesse de Mazy a pas mal d’occasions de s’amuser ou de s’occuper. Le patronage Sainte-Barbe est animé par la sœur Thérèse. Une maison des jeunes est ouverte près de la maison communale, place de l’Eglise. Elle devient bien vite un lieu de convivialité très prisé. Le club de cyclo et le groupe des majorettes, ainsi que les luttes de balle pelote, le basket et le football font aussi partie des loisirs de ce temps-là.

« On allait au bal à Gembloux » se souvient Mme Thibaut. Encore une fois, la ligne 144 est alors bien utile. « On prenait le train jusqu’à la gare de Chapelle-Dieu et on revenait par le premier train du lendemain ».

Dans les souvenirs de Mme Thibaut, il y a aussi un autre genre de « loisirs » : la fête de la Vierge, au 15 août. Ce jour-là, une grande procession parcourt le village dont les rues sont jonchées de pétales de fleurs.

Mazy jumelée avec Marsannay-la-Côte

En 1958, le village de Mazy est jumelé avec le village français de Marsannay-la-Côte, en Bourgogne. La tradition se perpétue encore aujourd’hui après plus de cinquante ans. Tous les deux ans, chacun des villages invite l’autre. C’est l’occasion de faire la fête. Le vin de Bourgogne est bien sûr de la partie. Les visiteurs sont logés « chez l’habitant ». Des contacts étroits se sont donc noués au fil des ans. Il y aurait même eu l’un ou l’autre mariage.

Une fois le bourgmestre de Mazy – le docteur Donald Costy – est tombé en panne de voiture à quelques encablures de Marsannay-la-Côte. L’année suivante, lors du « retour » des Français, cette mésaventure a été brocardée. A la plus grande joie du public, la voiture du maïeur a fait son entrée sur la place de Mazy tirée par deux chevaux de trait d’une ferme voisine. L’attelage était conduit par Jean-Pierre Leirens. Il avoua plus tard avoir eu du mal à maîtriser les chevaux rendus nerveux par la foule.

Pour rappeler les liens entre les deux villages, une partie de la rue d’Alvaux a été rebaptisée rue de Marsannay-la-Côte.

Le château-ferme de Falnuée

Le chemin de fer passe alors tout près du château-ferme de Falnuée, au confluent de l’Orneau et de la Ligne.

29 - Falnuée

Au XIIIe siècle, probablement en 1285, un donjon a été construit à cet endroit pour protéger et surveiller la vallée de l’Orneau pour le comte de Namur. La première mention écrite de ce lieu date de 1343.

En 1565, ce château-ferme est décrit dans un dénombrement comme appartenant à Antoine de Namur. L’autorité du seigneur de Falnuée s’étend alors sur un domaine de plus de 120 bonniers (1 bonnier de Namur = 94,61 ares). Il y exerce la basse justice pour des litiges relatifs à des affaires civiles, généralement touchant au droit de propriété. Chaque année à la Noël, il reçoit de chacun des manants de ses domaines une poule et un setier d’avoine.

Le dernier seigneur de Mazy et Falnuée est le général-major Albert-Eugène de Meldeman. Il meurt en 1814 et est inhumé dans l’église de Bossière.

La ferme-château est ensuite affectée uniquement à l’agriculture. Classée en 1976, elle est rachetée en 1987 par la S.C. Ferme-Château de Falnuée, qui l’a restaurée en grande partie. Aujourd’hui, c’est un hôtel trois étoiles. Un parcours de golf a été aménagé, avec toute l’infrastructure indispensable à la pratique de ce sport : secrétariat, vestiaires, boutique, club-house, etc.

Sur un des murs de l’ancien donjon, on peut encore voir un encorbellement que l’on pourrait prendre pour un mâchicoulis. Il s’agit en fait d’une ancienne toilette qui permettait aux occupants de se soulager directement dans le fossé extérieur du château.

Le château de Mielmont

Immédiatement après Falnuée, la ligne 144 quitte le territoire de Gembloux. Elle aborde un site boisé sauvage et impressionnant.

Elle est surplombée par un château accroché comme un nid d’aigle au sommet d’une haute falaise rocheuse. C’est le château de Mielmont. Il est situé sur Onoz (commune de Jemeppe-sur-Sambre).

Renier de Merlemont est le plus ancien seigneur du lieu. Son nom est mentionné dans un document de 1125. A l’époque, un donjon carré entouré d’une première enceinte est construit sur le site. Au siècle suivant, un château y est bâti comportant cinq tourelles et une seconde enceinte.

L’ancien château-fort médiéval des sires de Merlemont est modernisé entre 1564 et 1570 dans le style Renaissance qu’on lui connaît encore aujourd’hui. En 1831, il est devenu la propriété de la famille de Beauffort.

En 1943, Claude de Beauffort – qui fait partie d’un groupe de résistants de l’armée secrète – héberge le Refuge Jaguar sur les terres de son château. Il fera de la résistance jusqu’à la fin de la guerre. A partir de juin 1944, le château sert de poste de commandement et, en septembre lors de la retraite allemande, de base opérationnelle pour le groupement de l’Armée secrète Jaguar/Jarvau (ses noms de code successifs).

Près de l’entrée du château un petit monument rappelle le Refuge Jaguar.

Claude de Beauffort est décédé accidentellement le 3 novembre 1992. Je me souviens l’avoir rencontré peu avant sa mort alors que je visitais la cour de son château avec un ami autrichien. Avec simplicité et gentillesse, il nous a invité à entrer et nous a fait l’honneur d’une visite privée de son illustre demeure.

En 1995, le château est vendu. Il a été classé le 12 septembre 1997. Il est aujourd’hui une luxueuse propriété privée et, à l’instar du château de Vichenet, il ne se visite plus.

Un peu plus loin, le village d’Onoz est surplombé par un viaduc autoroutier de 320 mètres de long qui permet à la E-42 de franchir la vallée et le chemin de fer à 35 mètres de hauteur. Il a été ouvert à la circulation en 1971.

Le tunnel d’Onoz

Un tunnel permet de franchir le massif rocheux entre Mazy et Onoz. Il mesure 195 mètres.

Une dame aujourd’hui bien de sa personne m’a raconté que les étudiants qui empruntaient le P’tit Mazy attendaient avec impatience le passage dans le tunnel. Elle m’a assuré que souvent dans l’obscurité l’une ou l’autre main baladeuse s’égaraient, voire même qu’un baiser furtif s’échangeait…

La gare d’Onoz-Spy

La gare d’Onoz-Spy sera fermée en 1993.

En 1894, une ligne de tram vicinal a été ouverte entre Namur et Fleurus en passant par Onoz. Elle croisait la ligne de chemin de fer au passage à niveau d’Onoz-Spy.

La grotte de Spy

Le P’tit Mazy longe alors un méandre de l’Orneau pour passer au pied de la grotte de Spy : un des sites préhistoriques parmi les plus intéressants de Belgique.

En 1879, des silex, des bois de cerfs, des dents de mammouths et d’autres objets sont découverts en grande quantité à cet endroit. Sept ans plus tard, en 1886, l’archéologue Marcel De Puydt, le géologue Max Lohest et le paléontologue Julien Fraipont vont y faire une trouvaille beaucoup plus spectaculaire. Ils ont exhumé les restes de plusieurs « humains » qui ont vécu là il y a environ 36.000 ans : deux adultes et un enfant de moins de 2 ans.

Cette découverte est très importante pour la connaissance de l’histoire de l’humanité. Elle constitue en effet la preuve de l’existence d’un type humain bien plus ancien que l’homme moderne : celui de Neandertal.

Depuis décembre 2011, un centre d’interprétation accueille les visiteurs. On peut y rencontrer Spyrou, une reproduction hyperréaliste de l’Homme de Spy, que l’on doit aux artistes néerlandais Alfons et Adrie Kennis.

La gare de Jemeppe-Froidmont

Ouverte en 1881, la gare de Jemeppe-Froidmont sera fermée en 1993.

31 - Jemeppe-Froidmont Gare

A Froidmont, un hameau de Moustier-sur-Sambre, on a aussi trouvé des outils en silex datant du néolithique.

Un château existait là au XIIIe siècle. Il surveillait la Sambre et son affluent, l’Orneau. Incendié en 1446, il fut détruit par des soldats français en 1690.

La gare de Jemeppe-sur-Sambre

La gare de Jemeppe-sur-Sambre a été mise en service le 12 septembre 1872. Elle est située à la fin de la ligne 144 qui y rejoint la ligne de Namur à Charleroi.

32 - Petit Mazy
Les panaches de fumée se sont dissipés (Photo SNCB © Train World Heritage)

Aujourd’hui, les panaches de fumée crachés par l’antique locomotive du P’tit Mazy se sont depuis longtemps dissipés. Les trains à vapeur ont cédé la place à des rames diesels ou électriques.

Notre voyage à travers le temps, l’histoire, l’espace et la mémoire le long de la vieille ligne du chemin de fer de l’Orneau se termine aussi. Le train entre en gare. Tout le monde descend.

© Pierre AUBRY – 2017 (V2.2)

Bibliographie

– Archives personnelles de M. Jean-Claude Dujardin

– Archives de Gembloux Agro-Bio Tech

– Archives personnelles et souvenirs de Mme Rose-Marie Thibaut

Collection SNCB – Train World Heritage

– Rapport d’enquête – Heurt d’un piéton par un train le 3 mars 2008 à Chapelle-Dieu – Organisme d’enquête Accident ferroviaire, SPF Mobilité et Transports

– Barthélemy Maurice – Bulletin du Cercle royal Art et Histoire n° 36/2003

– Dejaiffe Fernand – Aperçu de l’histoire de Mazy et de la vallée de l’Orneau – Bulletin du Cercle Art et Histoire – Tome II n° 16 – Octobre 1983

– Dubuffet Jean – La ligne du Luxembourg – Petite histoire de la ligne Bruxelles-Arlon de sa construction à nos jours – CFFL Editions -1997

– Dujardin Jean-Claude – Gembloux dans la tourmente de la première guerre mondiale , CRAHG – 2015

– Fichefet Jean – La Poudrière de Corroy-le-Château, Bulletin du Cercle Art et Histoire – Tome II n° 15 – Juillet 1983 (article d’abord publié dans Le Guetteur wallon)

– Fichefet Jean Histoire de Jemeppe-sur-Sambre et Froidmont – Dubois & Fils, Namur – 1937

– Journal L’Ami de l’Ordre du 1er juillet 1903 – Collections du Service des Archives régionales de Wallonie – Direction de la Documentation et des Archives régionales du Service public de Wallonie, SPW, Secrétariat général, Département de la Communication

– Journal Vers l’Avenir du 8 août 2012.

– Morancé Sébastien – Les mouvements de résistance armée dans la région de Gembloux (1940-1944) – Bulletin du CRAHG n° 10 et 15/1996

– Roy Léon – Dictionnaire de Généalogie – Editions Labor – 2001

http://www.chateaubelgique.com/2013/03/chateau-de-mielmont.html

http://www.beauffort.be/journal/pdf-1204315496.pdf

http://www.belgiancastles.be/vichenet.html

http://www.coutellerie.be

http://www.golf-hotel-falnuee.be

http://www.pol-fraiture.be

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