Gembloux en 1830

Ce texte a été publié dans le Bulletin du Cercle royal Art et Histoire de Gembloux (CRAHG) n° 66. Il a été écrit en 2010 et reprend les données et descriptions des villages de l’actuelle ville de Gembloux du Dictionnaire géographique de la Province de Namur, publié en 1832 par Philippe Vander Maelen.


Gembloux et sa région au moment de l’indépendance belge

© Pierre AUBRY – 2010

En 1832, paraît le Dictionnaire géographique de la Province de Namur de M. Philippe VANDER MALEN. Il est publié A l’Etablissement géographique, Faubourg de Flandre à Bruxelles.

L’auteur, né en 1795 et mort en 1869, est un éminent géographe et cartographe belge. Il est célèbre pour son Atlas universel. Il a créé l’Établissement Géographique de Bruxelles, ancêtre de l’Institut géographique Militaire, situé à l’Abbaye de la Cambre. Il est l’auteur de nombreuses cartes géographiques de grande précision, dont une de Belgique en couleur et au 1/20.000 publiée en 1866.

L’auteur aligne un impressionnant curriculum vitæ. Il est en effet membre de l’Académie Royale des Sciences et Belles Lettres de Bruxelles, de l’Académie Royale des Sciences de Turin et de Lucques, de la Société de Géographie de Paris, de la Société Géologique de France, de la Société française de Statistique universelle, de la Société des Sciences physiques, chimiques et Art industriel de France et de celle d’Histoire naturelle de Vétéravie1. Il est aussi correspondant de la société d’Histoire naturelle de Liège et auteur d’un atlas universel en 400 feuilles et d’un atlas d’Europe, en 165 feuilles. Il est membre honoraire de diverses sociétés scientifiques de Saxe, Angleterre, Danemark, New York, etc.

Il a aussi publié des dictionnaires pour les autres provinces belges: Liège (1831), Flandre orientale (1834), Anvers (1834), Flandre occidentale (1936), Limbourg (1935) et Luxembourg (1838).

Le paysage général de la région de Gembloux en 1830

Il est curieux de voir quel regard, un si savant personnage portait sur notre région à cette époque où la Belgique n’avait que deux ans et où l’urbanisation, le chemin de fer et le réseau routier n’avaient pas encore structuré le paysage, comme nous le connaissons aujourd’hui.

En effet, le train ne reliera Bruxelles à Gembloux que le 9 juin 1855. Rhisnes ne sera atteint qu’en septembre de la même année et Namur qu’en avril 1856. La voie ferrée de Fleurus à Landen, qui passait par Gembloux ne sera inaugurée que le 15 octobre 1865 et la ligne vers Jemeppe-sur-Sambre ne le sera que le 5 mars 1877.

La physionomie du réseau routier était très différente de celle que nous connaissons aujourd’hui.

En 1832, Namur est relié à Bruxelles via Genappe par la route qui passe par Suarlée, Mazy et Sombreffe. Il s’agit d’une route de « première classe » de 5,30 mètres de largeur entièrement pavée.

Une route de « deuxième classe » relie Namur à la frontière Nord de la Province vers Gembloux. Elle a été construite sur les fonds provinciaux du Brabant. L’actuelle route nationale 4, beaucoup plus directe, est en construction, mais le « détournement » ne viendra qu’au 20e siècle.

Une seule grand-route, reliant Charleroy à Tirlemont traverse le nord de Gembloux, ville que l’on atteint par un embranchement. Il s’agit d’une route de « deuxième classe » qui passe par Corroy-le-Château et Grande-Manil (Sic) et ensuite au Nord de Gembloux, Sauvenière et Grand-Leez.

Les liaisons entre les villages se font par des chemins vicinaux, dont certains sont impraticables en hiver (à Lonzée, Grand-Leez et Corroy-le-Château, par exemple)

A Grand-Manil, Lonzée, Grand-Leez et Gembloux, il y a régulièrement des inondations dues à l’Orneau et à l’Arton.

En superficie du territoire, ce sont les communes de Sauvenière et de Grand-Leez qui sont les plus étendues, avec respectivement 1.370 et 1.289 hectares et les deux plus petites sont Les Isnes et Bothey, avec 498 et 333 hectares.

La population et l’habitat au moment de l’indépendance de la Belgique

Le nombre total d’habitants est beaucoup moins élevé qu’aujourd’hui : moins de 9.000 pour les 12 communes. Gembloux vient, bien sur en tête du classement avec 2.197 habitants, suivi par Grand-Leez, Sauvenière et Lonzée avec 1.218, 945 et 903 personnes. Bothey est loin derrière avec seulement 210 habitants (voir Tableau 1 – La population)

Si à Gembloux, les maisons sont généralement en brique et couvertes d’ardoises, à Lonzée, Beuzet et Grand-Manil, elles sont presque toutes en argile avec des toits de chaume. A Sauvenière, Corroy-le-Château et les Isnes, la brique ou la pierre et le chaume dominent. S’il y a le même type de construction « en dur » à Ernage, il y a aussi des maisons en bois et en torchis.

Le nombre de maisons de Gembloux et Bothey n’est pas indiqué, mais c’est à Grand-Leez et Lonzée qu’il y en a le plus: respectivement 267 et 214. En revanche, il n’y a que 50 maisons à Grand-Manil comme aux Isnes (Voir Tableau 2 – Nombre d’habitations).

C’est à Grand-Manil, dans un habitat relativement pauvre constitué de maisons en argile et couvertes de chaume, qu’il y a en moyenne le plus grand nombre d’habitants par maison, où l’on s’entasse à plus de huit. On peut s’imaginer que dans certaines, le nombre d’occupants était bien plus élevé…

A Mazy, les Isnes, Corroy-le-Château et Bossière, il y a de 5 à 6 personnes en moyenne par maison. Dans les autres villages, il y en a entre 4 et 5. Il n’est pas possible d’établir une moyenne pour Gembloux et Bothey car le nombre de maisons n’est pas repris par Ph. Vander Maelen (voir Tableau 3 – Nombre d’habitants par maison).

C’est à Sauvenière qu’il y a le plus grand nombre de fermes: vingt et une. Il y en a 15 à Grand-Leez.

Gembloux: des rues pavées

Vers 1830, Gembloux est une toute petite bourgade qui s’étend sur 891 bonniers.

Au 19eme siècle un bonnier équivaut à un hectare actuel, depuis que la révolution française en a ainsi fixé la valeur. Auparavant, et comme pour beaucoup d’unités de mesures, sa valeur variait d’un lieu à l’autre. A Gembloux, par exemple, un bonnier valait 111,6 ares. A Namur, il ne valait que 94,56 ares et encore moins à Jodoigne (88,65 ares). A La Hulpe, en revanche, sa valeur était de 121,66 ares et à Braine-le-Comte 110 ares. En Flandre, il pouvait atteindre jusqu’à 140 ares.

A l’indépendance de la Belgique, Gembloux ne compte alors que 2.197 habitants. Selon Louis Dieudonné Joseph Dewez, la population de la ville était de 1.660 personnes vers 1819. Charles Meerts – qui publia aussi un dictionnaire géographique et statistique du Royaume de Belgique – écrit qu’il y en avait 2.424 vers 1854. Au moment des premières fusions de communes, en 1961, il y en aura 5.875.

Au moment de l’indépendance, Fosses compte 2.378 habitants, Andenne 3.920, Sombreffe 1.938 et la ville de Namur 19.910. En 1976, au moment de la seconde vague de fusion de communes, la population sera respectivement de 4045 habitants à Fosses, 8.009 à Andenne, 2.566 à Sombreffe et 30.845 à Namur (anciennes communes).

L’état des rues et des maisons de Gembloux en 1830 montre une certaine prospérité. Les rues de la cité, « bâtie dans un fond », sont en effet pavées. Quelques-unes sont «larges et propres et garnies de boutiques». Les maisons sont généralement construites en brique et couvertes en ardoises. Il ne reste que quelques vestiges des murs de l’ancienne enceinte et des fossés. Il y a un pensionnat pour les demoiselles.

La ville devait être assez animée sur le plan commercial. Outre les boutiques, deux marchés hebdomadaires sont en effet tenus chaque mardi et chaque vendredi. Il y a aussi quatre foires par an: deux d’un jour les 7 avril et 3 novembre et deux de trois jours les 19 mai et 28 juillet. On y vend surtout du bétail et des « menues denrées ».

Sur le plan de l’industrie, le dictionnaire relève que la coutellerie connaît un certain déclin, alors qu’on en faisait «un grand commerce» quelques années auparavant. En revanche, il existe plusieurs distilleries et tanneries, un moulin à vent, trois moulins à eau et trois pressoirs à huile activés par des manèges. La présence d’une ancienne ardoisière, remblayée, exploitée antérieurement par les moines « avec plus au moins de succès » est signalée au sud de la ville, proche d’une carrière de pavés.

Les autres villages de l’actuelle ville de Gembloux sont aussi décrits, parfois brièvement, dans le dictionnaire.

Beuzet: 68 maisons

Le dictionnaire donne relativement peu de détail sur la commune de Beuzet, dont la superficie totale est de 751 bonniers.

Le village compte 5 fermes importantes, quelques plus petites exploitations et 68 maisons disséminées, pour la plupart construites en argile et couvertes de paille. A Ferooz, une dépendance de Beuzet, il y a un château qu’habite le Comte Charles de Trazegnies et qui est la propriété du Comte de Romzée.

La population est de 350 habitants dont les principales occupations sont la culture des terres et l’exploitation des bois. Il y a en effet de beaux bois constitués de taillis sous futaies de chênes, de hêtres et de bouleaux.

Hormis un coutelier et un maréchal ferrant, il n’y a pas d’industrie dans le village.

Aucune partie des terres n’est inculte. On y cultive avec soin le froment, le seigle, l’escourgeon, l’avoine, le colza, le lin ; les fourrages et – ici aussi – beaucoup de pommes de terre. A Beuzet, on élève aussi des chevaux, des bêtes à cornes, des porcs et des moutons. On produit ainsi de la laine et du beurre.

En hiver, les chemins vicinaux, qui relient Beuzet aux environs, sont praticables.

Bossière: une tour chinoise

Bossière s’étend sur 917 bonniers. Son territoire est traversé par une bande calcaire dans laquelle se trouve plusieurs bancs de marbre noir connu sous le nom de marbre de Golzinne. Trois carrières y ont été exploitées, dont une est encore en activité en 1832 près du château du propriétaire M. le Vicomte Desmanet de Biesmes.

La commune compte 528 habitants. L’agriculture, l’extraction et la taille du marbre, ainsi que l’exploitation des bois donnent du travail à beaucoup de personnes, comme la brasserie en activité alors. Un maréchal-ferrant et deux charrons exercent dans la commune.

L’habitat est constitué de 26 maisons particulières, cinq fermes de grande tenure et soixante « habitations rurales » . Il y a une église, deux chapelles et deux écoles : une pour les filles et une pour les garçons.

L’élégant château, à Golzinne, d’une architecture « très moderne », est entouré de jardins anglais. Dans le parc, on trouve une grotte artificielle, une cascade, un jet d’eau et même une tour chinoise qui sert d’observatoire. Toujours à Golzinne se trouvent les « débris » d’un redoutable château fort, ancienne résidence des comtes de Namur. A Vichenet, le comte de Romrée habite un autre château antique.

Dans la commune, il y a deux moulins pour la farine, un pour scier le marbre et deux pour moudre les drêches (orge fermentée servant notamment à la fabrication de la bière). Tous fonctionnent à l’eau.

Toutes les céréales traditionnelles sont cultivées à Bossière, ainsi que des légumes. Il y a des bois constitués de taillis sous futaies.

Il y a quatre ponts dans le village.

Bothey: 210 habitants

Le village de Bothey a le plus petit nombre d’habitants parmi les anciens villages qui ont été fusionnés pour constituer l’entité de Gembloux. Il ne comptait que 210 âmes peu après l’indépendance de la Belgique. La population « fréquente le marché de Gembloux ». Il y a quelques cultivateurs aisés. Il y a aussi un apprêteur de lin et deux maréchaux-ferrants dans le village.

Le commerce de détail qui se fait dans la commune et la fréquentation de plusieurs auberges « bien tenues » sont facilités par la présence de la grande route de Namur à Bruxelles qui la traverse d’Est en Ouest, en direction de Sombreffe.

La superficie totale est de 333 bonniers.

A Bothey, le terrain est argileux et dans une sablière, un coquillage fossile a été observé par le géologue Jean-Baptiste d’Omalius d’Halloy (1783-1875), auteur de la première carte géologique de notre pays. Ce dernier étudia notamment aussi la vallée du Rhin, la Hesbaye, la Campine et l’Eifel. Il a été Gouverneur de la province de Namur en 1815 et membre de l’Académie royale de Belgique en 1816.

A Bothey, il y a quelques bois de haute futaie et taillis. Le sol est cultivé avec soin et exploité en grandes, moyennes et petites tenures. On produit du froment, du seigle, de l’orge, de l’avoine, du fourrage, du foin et des légumes.

Le nombre des maisons n’est pas indiqué et l’habitat n’est pas décrit dans le dictionnaire, mais on note la présence de deux grandes fermes et de deux petites. Le charbon de terre est généralement utilisé pour le chauffage.

Corroy-le-Château: des chemins vicinaux mauvais en hiver

A Corroy-le-Château, qui est le point le plus haut du canton, il y a – à l’époque – cinq fermes et 102 maisons disséminées. Elles sont construites en brique ou en argile et couvertes de chaume. Il y aussi une église, une maison communale et une école primaire, ainsi que le château du Marquis de Trazegnies, entouré d’un large fossé et auquel on accède par un « beau » pont de pierre soutenu par des arcades.

La population est de 602 habitants et la superficie totale est de 891 bonniers.

Le sol est « très bien cultivé » et aucune parcelle n’est inculte. On produit du froment, de l’orge, de l’avoine, du seigle, des pommes de terre, des carottes et des navets, mais peu de fourrage. Il y a de beaux massifs de chênes, de hêtres et de bois blanc. Les taillis sont coupés tous les 15 ans. Dans les trois vastes étangs de la commune – ils font près de 5 hectares – on pêche des brochets et des carpes.

La production de grains, la laine et le fromage sont vendus en dehors de la commune. Il y a six métiers à tisser des toiles et l’on file aussi le lin. Un moulin à vent a été construit peu avant 1832. Deux maréchaux-ferrants, un charron et quatre marchands de grains exercent leurs activités à Corroy-le-Château.

La route de Namur à Bruxelles (via Mazy) se trouve à une demi-lieue. La commune est traversée par la route de Charleroy à Tirlemont. Les chemins vicinaux sont « ordinairement mauvais » en hiver. Il y a deux ponts de pierre à Corroy.

Ernage: déjà une église.

Avec ses 825 bonniers, la commune d’Ernage est presque aussi étendue que celle de Gembloux. Mais avec seulement 580 habitants, la population y est quatre fois moindre. Leurs activités sont essentiellement la culture, dont la production est exportée. Le beurre et le fromage sont portés au marché de Namur, tandis que la laine est vendue sur place. Il n’y a pas d’industrie.

Le village se compose d’une église, de six fermes, de quelques moyennes exploitations et de cent dix-neuf maisons disséminées, dont la moitié en pierre et en brique. L’autre moitié est en bois et en argile. Pour les toitures, le chaume domine, très peu sont en ardoises ou en « pannes ». 

La route de Wavre à Gembloux traverse la commune dont les chemins vicinaux sont praticables en toute saison. On trouve trois ponts de bois et un pont de pierre.

Les céréales traditionnelles sont toutes cultivées, principalement le froment. On cultive aussi beaucoup de pommes de terre, carottes et navets, mais également des pois, des féveroles, du trèfle, du colza et du fourrage. Les quelques terrains trop humides pour être cultivés sont laissés en pâture.

Grand-Manil: cinquante maisons

Grand-Manil à une superficie de 609 bonniers. Sa population est alors de 460 personnes.

L’habitat est pauvre, puisque les cinquante maisons du village – presque toutes disséminées – sont construites en argile et couvertes en chaume. Il y a plus de huit habitants par maison !…

La commune possède six fermes. Au centre du village, une jolie maison de campagne, située sur une éminence, est distinguée. Elle appartient à M. Vanschoor. La commune dispose aussi d’un moulin à farine, de deux forges de maréchal, d’un atelier de charron et d’un moulin à drêches.

La grand route de Charleroy à Tirlemont traverse la commune.

La culture est la principale ressource des habitants. Outre les céréales traditionnelles, on y cultive aussi du chanvre qui est filé sur place. La commune est très peu boisée. Les cinq bouquets de bois que l’on y trouve appartiennent au gouvernement.

A l’époque, les inondations dues à l’Orneau – que l’on franchit sur trois ponts – doivent souvent préoccuper les habitants, mais ils s’en accommodent certainement car elles « sont favorables aux propriétés riveraines. » Toutefois, l’auteur note que les chemins vicinaux sont praticables en toute saison…

Sauvenière: résidence d’un artiste vétérinaire

Une foule de détails et d’informations concernent Sauvenière, notamment la présence d’un artiste… vétérinaire.

La commune est bien plus étendue que Gembloux. Sa superficie est de 1.370 bonniers. Sa population est de 955 âmes: 500 hommes et 445 femmes. En 1829, il y a eu 24 naissances et 22 décès.

Le village compte 170 maisons et 21 fermes. L’habitat est disséminé et est en majeure partie construit en brique et couvert de chaume. Il y a une église, une maison communale et une école primaire. Il y a aussi deux moulins à farine: un à vent et l’autre à eau, deux moulins à drêches, une brasserie et un pressoir à huile activé par l’Orneau. On compte trois maréchaux-ferrants et trois charrons.

Le paysage est celui d’une plaine assez unie avec ici et là des taillis et des bois de chênes et de hêtres

Froment, seigle, orge, trèfle, pois et féveroles, pommes de terre, colza, fourrage, navets, carottes et légumineuses constituent l’essentiel de la production locale. Le dictionnaire donnent les quantités récoltées bon an, mal an.

Comme Grand-Manil et Gembloux, Sauvenière est traversée au Nord par la grand-route Charleroi-Tirlemont, mais aussi par la chaussée des Romains. En général, les chemins vicinaux sont praticables pendant l’hiver. L’un d’eux conduit à Gembloux. Il passe près de l’église. Il y a aussi deux ponts en pierre et en brique.

Grand-Leez : des inondations très nuisibles

Le village de Grand-Leez faisait autrefois partie du duché de Brabant. Avec ses 1.289 bonniers, il est le plus étendu des anciens villages qui composent aujourd’hui l’entité de Gembloux.

Il est arrosé par deux ruisseaux: celui de Grand-Leez et l’Orneau, qui y prend sa source un peu au-dessus du moulin. Les crues de ces deux cours d’eau sont « très nuisibles » aux propriétés des riverains. L’eau séjourne en effet très longtemps sur les terrains très peu pentus.

La population est de 1.218 personnes, qui se partagent 15 fermes (dont 5 à grande tenure) et 267 maisons « d’une construction assez régulière ». Il y a une église, une maison communale et une école primaire. La plupart des habitants sont occupés à l’agriculture et à l’exploitation des bois assez abondants dans certaines parties du territoire. Il y a aussi deux moulins à vent et un moulin hydraulique, une brasserie.

Quatre marchands de porcs exercent leur commerce dans la commune, ainsi qu’un « agent d’affaires » et un pharmacien.

Les ruines d’un ancien château-fort, converti en ferme, se trouvent au milieu d’un marais qui formait autrefois un très grand étang.

Le froment est la culture dominante. On y cultive beaucoup moins le seigle, l’avoine et l’épeautre. On produit aussi des féveroles, des pois, des vesces, du trèfle, du foin et des légumes.

Le cheptel du village est impressionnant. Grand-Leez compte même plus d’animaux que d’humains… En 1830, on y a en effet recensé 68 chevaux, 60 poulains, 140 bêtes à cornes, 68 veaux, 300 cochons et 600 moutons.

Les quelques chemins vicinaux sont presque impraticables en hiver. Il y a sept ponts en pierre dans le village.

Lonzée: des chemins vicinaux impraticables en hiver

Autre commune, Lonzée est traversée par l’Arton, un ruisseau qui provoque des inondations « peu favorables aux prairies ». La commune s’étend sur 532 bonniers. Elle est donc un peu moins grande que Grand-Manil. L’auteur remarque que le territoire est coupé par deux collines, l’une au Nord et l’autre au Sud. Il y a un bois constitué de futaies mêlées de taillis. Dans les quatre étangs du village, on pèche des carpes, des brochets et des perches.

Lonzée compte une ferme et 214 maisons construites majoritairement en argile avec toitures en chaume. L’habitat est donc assez pauvre, mais il y a une maison communale et une école primaire. Un moulin à farine et un moulin à drêche utilisent tous les deux l’énergie hydraulique. L’ancienne Abbaye d’Argenton, qui abrita des religieuses de l’ordre de Citeaux, est devenue la propriété de M. César Paulée. Il en reste quelques « ruines »: l’église et la maison conventuelle.

La population est de 903 habitants (433 hommes et 470 femmes). Ils s’occupent principalement de coutellerie et d’exploitation des bois, dont la coupe a lieu tous les 14 ans. Il y a aussi dans la commune trois métiers à tisser des toiles de ménage, dix couteliers, un forgeron et un ferblantier, tandis que sept marchands ambulants font le commerce de coutellerie.

La ferme de l’Abbaye d’Argenton exploite presque la moitié des terres, dont un sixième est laissé en jachère. Toutes les céréales traditionnelles sont cultivées, ainsi que du lin, du colza, de la navette – une sorte de chou cultivé comme fourrage et oléagineux. On produit beaucoup de pommes de terre et de carottes. Les pommes, poires, cerises et fraises sont vendues au marché. L’élevage est pratiqué, surtout celui des bêtes à cornes, des cochons et des moutons. Le village produit aussi de la laine, du beurre, du fromage et un peu de miel.

Si les chemins vicinaux sont impraticables en hiver, la « nouvelle » route de Gembloux à Namur traverse déjà l’extrémité du territoire.

Les Isnes : deux villages et une ferme isolée

Dans le Dictionnaire, Les Isnes devient Inses (sic) – par le hasard d’une erreur typographique… Vers 1830, la commune est en fait constituée de deux villages Isne-les-Dames et Isne-Sauvage, ainsi que de La Malmaison, une ferme isolée à l’extrémité Nord du territoire. Sa superficie est de 428 bonniers. Il y a sept fermes de 65 à 120 ha et cinquante maisons presque toutes en pierre ou en brique avec des toitures de chaume. Il y a aussi « deux belles maisons de campagne ». La première est à Mme Baré-Desmaret. L’autre, ornée d’un jardin anglais et d’une orangeraie, est au bourgmestre M. De Francquen.

La population est de 377 habitants (118 hommes et 159 femmes) qui s’occupent presque tous d’agriculture. Quelques uns filent le lin et le chanvre. Il y a aussi deux maréchaux-ferrants, un charron et un fabricant de tabac.

Sur la majeure partie des terres, on cultive du froment et de l’avoine. On cultive moins le seigle, l’orge, l’épeautre, le colza, le lin et le chanvre. On trouve aussi des cultures de fourrage (féveroles, pois et trèfle), de la betterave et des carottes. L’assolement sexennal est pratiqué dans l’ordre suivant : orge, seigle, trèfles, froment, avoine, fourrage et engrais. Toutes les espèces de légumes sont cultivées avec soin mais on n’exporte que les pommes de terre. La commune approvisionne le marché de Namur en beurre et œufs. Des marchands viennent acheter la laine dans les fermes.

Une cinquantaine d’hectares de la commune sont boisés près de Isne-Sauvage. Les chênes, bouleaux et frênes sont coupés tous les cinquante ans et transformés en bois de construction. Les taillis sont coupés tous les 15 ans.

Sur le territoire de la commune, on trouve des roches contenant du fer oxydé rouge et granuleux et qui a été exploité jadis à Isne-Sauvage et du côté de Rhisnes. On a aussi extrait du fer hydraté. On extrait aussi de la pierre à paver.

Deux routes importantes passent à proximité de la commune : celle de Namur à Bruxelles du côté d’Isne-la-Dame et celle de Namur à Wavre, du côté d’Isne-Sauvage. Elles sont reliées par le chemin vicinal de Saint-Denis à Spy. Les autres chemins vicinaux sont bien entretenus et « praticables en toute saison ».

Mazy : deux affineries de fer

Comme pour Beuzet, le dictionnaire est assez succinct pour la commune de Mazy, qui s’étend sur 566 bonniers.

Il y a quatre fermes et 58 maisons dans le village. Elles sont « plus ou moins bien bâties ». Il y a aussi une chapelle et un « antique » château au pied d’une « montagne » sur la route de Namur à Bruxelles et près de l’Orneau. Il appartient au Baron de Roizin. Plusieurs auberges sont ouvertes le long de la grande route. La commune possède deux affineries de fer et deux forges de maréchal. Il y a quelques bois de futaies sur taillis.

La population est de 368 habitants.

A Mazy, les terres sont biens cultivées et il n’y a pas de parcelles incultes. Comme partout dans la région, toutes les céréales traditionnelles sont cultivées, ainsi que des légumes. On élève des chevaux pour la culture, ainsi que qu’un assez grand nombre de bêtes à cornes, des porcs et des moutons.

Il y a dans la commune deux ponts en bois et un en pierre.

© Pierre AUBRY – 2010
Bibliographie
  • Dictionnaire géographique de la Province de Namur, Ph. Vander Maelen, A l’Etablissement géographique – Bruxelles – 1832
  • Dictionnaire géographique et statistique du Royaume de Belgique, Charles Meerts, Imprimerie-Librairie H. Goemmaere, Bruxelles- 1854
  • Dictionnaire Géographique du Royaume des Pays-Bas, L. D. Jh Dewez, A Bruxelles, Chez Adolphe Stapleaux – 1819
  • Dictionnaire de Généalogie, Léon ROY, Editions Labor, Bruxelles – 2001 ;
  • A la découvertes des trésors cachés de nos régions au fil des voies ferrées d’antan, DVD, Robert Belle.

Tableau 1 -La population

COMMUNES

Population en 1832

Population en 1961

Population en 1976

Gembloux

2197

5875

11700

Grand-Leez

1218

1494

1481

Sauvenière

945

1243

(*)

Lonzée

903

1474

(*)

Corroy-le-Château

602

738

843

Ernage

580

654

(*)

Bossière

528

596

617

Grand Manil

460

1004

(*)

Mazy

368

960

911

Beuzet

350

704

841

Les Isnes

337

625

602

Bothey

210

275

252

(*) Déjà fusionné avec Gembloux

Tableau 2 – Nombre d’habitations

COMMUNE

Maisons

Fermes

Total Habitations

Grand-Leez

267

15

282

Lonzée

214

1

215

Sauvenière

170

21

191

Ernage

119

6

125

Corroy-le-Château

102

5

107

Bossière

86

5

91

Beuzet

68

5

73

Mazy

58

4

62

Les Isnes

50

7

57

Grand Manil

50

6

56

Gembloux

n-c

n-c

Bothey

n-c

n-c

Tableau 3 – Nombre d’habitants par maison

COMMUNE

Habitants par maison

Grand Manil

8,2

Mazy

5,9

Les Isnes

5,9

Bossière

5,8

Corroy-le-Château

5,6

Sauvenière

4,9

Beuzet

4,8

Ernage

4,6

Grand-Leez

4,3

Lonzée

4,2

Gembloux

n-c

Bothey

n-c

1 La Vétéravie est l’ancien nom de la région du Rhin. Elle faisait partie du Cercle du Haut Rhin. La Maison de Nassau en est originaire. Nassau se trouve sur la Lahn, une région très fertile, ou l’on trouve des mines de fer, de plomb et de cuivre (Vosgien, Dictionnaire géographique portatif – 3e édition – An VII – Mai 1799

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