La fin de la « Manufacture belge de Gembloux »

Texte inédit – Non publié


Couteaux et instruments de chirurgie à Gembloux

par Pierre Aubry – 2008

Gembloux a longtemps été la capitale de la coutellerie belge. Cette activité industrielle s’y est installée dans le courant du 18 siècle. Elle est aujourd’hui quasiment devenue inexistante.

Mais la fabrication d’instruments chirurgicaux se poursuit encore aujourd’hui à Gembloux.

manufacture-1

En effet, en 2008, la SIBEL SA (Surgical Instruments Belgium SA) en fabrique encore dans le zoning industriel de Sauvenière. Elle est même devenue un leader mondial de la fabrication d’instruments en titane utilisés pour les opérations sous scanner. Elle a été créée en 2002 par Olivier ROUVEZ, un ancien responsable de la société SIMAL SA, qui a succédé en 1993 à la mondialement célèbre Manufacture Belge de Gembloux.

A propos de cette dernière, Pierre NERDERLANDT rappelle dans son livre La coutellerie à Gembloux, que la société anonyme « Manufacture belge d’Instruments de Chirurgie et de Mobilier chirurgical de Gembloux (MGB) » a été créée en août 1923. Elle résulte de la fusion des quatre ateliers de fabrication et sociétés de ventes appartenant à la famille Legros. Cette famille bien connue à Gembloux avait commencé la fabrication de mobilier de chirurgie à la rue Albert en 1905.

Quatre ans après sa fondation, la nouvelle société ouvre un département mécanisé de coutellerie et, en 1928, quelques 300 personnes travaillent dans la société.

Un grave incendie détruit les magasins et une partie des ateliers le 10 mai 1935. A peine reconstruits, les bâtiments de l’entreprise sont à nouveau détruits par un bombardement aérien le 12 mai 1940.

Après la guerre, l’entreprise reprend ses activités. Son chiffre d’affaires atteint les 50 millions de francs belges en 1948, année de son 25e anniversaire. Sa renommée est mondiale.

La Manufacture ferme ses portes en 1993 après avoir connu des problèmes de gestion et s’être heurtée à une concurrence étrangère agressive.

La SIMAL SA, constituée en 1993, continua la production d’instruments chirurgicaux mais fut détruite par un incendie en 2001.

La démolition des bâtiments de la manufacture

Les bâtiments de l’ancienne Manufacture Belge de Gembloux, laissés quasiment à l’abandon depuis la fermeture, occupaient encore au printemps 2008 la presque totalité de l’espace compris entre la rue Chapelle Dieu (à l’Est), la rue Albert (à l’Ouest), l’arrière des propriétés de la rue Docq (au Nord) et de celles de la rue Elisabeth (au Sud). Ils constituaient donc un chancre urbain de belles dimensions.

manufacture-2

Les anciens ateliers ont hébergé pendant une dizaine d’années L’Ecole du Cirque de Gembloux avant son déménagement à Ernage. Le bâtiment en briques jaunes situé à la rue Albert, qui abritait les services administratifs de la MGB, a été occupé, quant à lui, par les fonctionnaires du Ministère des Finances.

Il convenait toutefois de trouver une nouvelle destination au site et surtout de l’assainir.

Un arrêté ministériel du 18 octobre 2004 approuve le plan communal d’aménagement dit « de la Manufacture » à Gembloux, en dérogation au plan de secteur de Namur, approuvé lui-même par un arrêté de l’Exécutif régional wallon du 14 mai 1986.

Le dossier de reconstruction du site est soumis à une enquête publique «ne suscitant que quelques rares observations de riverains» relève en septembre 2007 le journal Vers l’Avenir, qui ajoute que la disparition d’un chancre urbain est plutôt perçue comme un plus pour le quartier «pour autant que les problèmes de mobilité et de parking soient correctement résolus».

Le démontage, brique par brique, des bâtiments industriels débute en juillet 2008 du côté de la rue Chapelle-Dieu. Il est confié à la société Hublet, de Floreffe. Au début du chantier, la durée de celui-ci est estimée à une dizaine de semaines et le volume des déchets à quelques 25.000 tonnes, représentant un millier de camions. Pour limiter l’impact des nuisances, les travaux de démolitions seront été effectués en juillet et les transports de déblais en août.

Dès avant le début du chantier, les riverains avaient émis des craintes quant aux dégâts possibles à leurs immeubles. Une réunion d’information est donc organisée le 20 juin 2008 par la Ville. De plus, un état des lieux contradictoire des propriétés voisines du site est réalisé à la fin juin 2008.

En raison de la présence de plus ou moins 8.000 m² de plaques en asbeste-ciment, des précautions particulières sont prises pendant les travaux, notamment le port de combinaisons et de masques de protection pour les ouvriers et la pulvérisation d’eau pendant la démolition. Les matériaux contenant de l’amiante sont évacués dans des emballages à double paroi vers des décharges agréées.

La presque totalité des déchets provenant de la démolition sera valorisée au maximum. Ainsi la société Veolia récupérera le bois pour le transformer en panneaux d’aggloméré en Allemagne. Les métaux eux aussi seront été recyclés. Les briques et le béton seront concassés dans un centre de broyage de la société Hublet pour être utilisés pour des fondations de routes ou de bâtiments.

Dès avant la démolition une pollution aux hydrocarbures d’environs 700 m³ de terres est détectée et sera traitée par bactéries.

Le bâtiment administratif de la rue Albert sera le dernier à être démoli lorsque le Service public des Finances prendra possession de ses nouveaux locaux.

Sur le site, la société bruxelloise La Grande Prairie, filiale du groupe Vanstapane, construira à partir de la mi-novembre 2008 un ensemble de 81 appartements, 14 maisons uni-familiales, des commerces de proximité, ainsi que deux immeubles de bureaux derrière l’académie de musique et dans la rue Albert. Une place publique et des parkings souterrains occupent le centre du complexe.

 © Pierre AUBRY – 2008

Bibliographie:

  • La Coutellerie à Gembloux, P. Nederlandt, Les Presses Agronomiques de Gembloux, 2007

  • Journal Vers l’Avenir

  • Canal Zoom, Emission du 20 juin 2008embloux

Publicités

Le site d'un Gembloutois

%d blogueurs aiment cette page :