La translation de la dépouille de Saint Guibert: un tableau restauré

Ce texte a été publié dans le n° 90 (Année 2016) du Bulletin du Cercle royal Art et Histoire de Gembloux.

La translation de la dépouille de saint Guibert : un tableau restauré

© Pierre Aubry – 2016

Un immense tableau – il fait 4,90 m sur 3,98 m – surplombe l’autel de l’église de Gembloux, là où se trouvait auparavant une tribune. Il date de 1892 et a été peint par le peintre gembloutois Jacques-Louis Bonet. Endommagée en 2011 par un incendie dans l’église, cette œuvre monumentale a récemment fait l’objet d’une restauration complète.

La toile représente la translation de la dépouille de saint Guibert de Gorze à Gembloux. Le fondateur de l’abbaye de Gembloux aurait en effet séjourné dans celle de Gorze, en Lorraine. C’est là qu’il serait mort. Les moines de Gembloux, désireux de se doter de reliques sacrées, en auraient ramené le corps. Cet épisode est aujourd’hui contesté par les historiens. En réalité, on ne sait ni où, ni quand est mort Guibert.

Tableau 2
Translation de la dépouille de Saint Guibert – © Photo Ph. Depireux

Sur le tableau de Bonet, on voit le cercueil de saint Guibert porté par des moines bénédictins. Le cortège entre dans l’église abbatiale de Gembloux. L’évêque de Liège Eracle (959-971), l’abbé de Gembloux Erluin Ier, des moines, des magistrats, des notables et des gens en prière assistent à la cérémonie.

A l’époque où le tableau a été accroché dans l’église, c’est Théodule Famenne qui est le curé-doyen de Gembloux. Il est d’ailleurs l’un des personnages représenté dans le tableau, tout comme le peintre lui-même et son fils (voir à ce sujet mon article consacré au doyen Famenne dans le Bulletin du Cercle royal Art et Histoire n° 87). Il serait intéressant de pouvoir identifier d’autres Gembloutois de cette époque qui figurent plus que certainement dans le tableau. Certains prétendaient naguère que – la vieillesse venant – les plus vieux des Gembloutois y reconnaissaient souvent l’un ou l’autre visage…

Le tableau a coûté de 7.200 à 7500 francs (Les sources divergent sur le prix exact). L’Etat et la Province de Namur ont donné 6.000 francs. Le reste fut payé par la fabrique d’église.

Endommagé par deux incendies

En 1901, le tableau a été endommagé une première fois par un incendie dans l’église. A cause de l’imprudence d’un enfant de chœur, des braises incandescentes seraient tombées de l’encensoir. Elles auraient mis le feu au plancher en bois des stalles au fond du chœur. Les pompiers et des paroissiens arrivés très vite sur place ont heureusement limité les dégâts, mais une partie des stalles – celles de gauche dans le fond du chœur – a été entièrement détruite. D’autres ont été très abîmées. La fumée a souillé la peinture claire des murs et il faudra même briser plusieurs fenêtres pour l’évacuer. Le feu a aussi endommagé l’angle inférieur gauche du grand tableau de Bonet.

Celui-ci sera de nouveau endommagé 110 ans plus tard par un autre incendie, criminel cette fois. En effet, le jeudi 22 septembre 2011, en début de matinée, les pompiers de Gembloux, commandés par l’adjudant Roland Letot, sont appelés pour un dégagement de fumée à l’intérieur de l’église de Gembloux. Le feu a été bouté à des feuillets disposés dans un présentoir en plastique qui s’est consumé sous un tableau du XVIIIe siècle. Une fumée très épaisse a envahi tout le bâtiment et a causé un dépôt de suie très important. Les vandales s’étaient introduits par une fenêtre et – non contents d’avoir mis le feu – ont saccagé les lieux en y vidant des extincteurs et en ouvrant un robinet. Un autre incendie suspect avait été constaté à la rue Entrée Jacques pendant la nuit.

Nettoyage et restauration

Le tableau de Bonet est nettoyé pendant l’été 2012. Comme 38 autres conservés dans le bâtiment, il était couvert de poussières et de suies.

Profitant de la dépose du tableau, terni par les années, la Fabrique d’église décide alors de commander une restauration de celui-ci. Elle est confiée à Cécile De Boulard, de Bruxelles. C’est une spécialiste de ce genre de travail.

Décrocher du mur une peinture de telles dimensions n’est pas une mince affaire. La société Mobull, spécialisée dans le transport et la manipulation d’œuvres d’art est chargée de ce délicat travail. Une fois décrochée, la toile est déposée avec précautions dans une structure en bois pour permettre un accès de face.

Les experts constatent alors que le tableau a peu souffert de l’incendie de 2011. En revanche celui de 1901 a provoqué des dégâts plus importants et encore visibles.

L’œuvre est en un bon état général de conservation. Le rapport précise « l’épais vernis (…) est oxydé, ce qui confère un aspect jauni à la surface, la tension de la toile sur le châssis est trop faible (…) ». S’il est un peu terni, le cadre est lui aussi « en bon état ». La peinture dorée est légèrement soulevée par endroits et la tranche latérale inférieure gauche du cadre est noircie. Elle est même légèrement carbonisée et s’effrite sur un à deux mètres.

La couche picturale est, elle aussi, en bon état. Mais elle est « ponctuellement endommagée par une forte source de chaleur ». Certaines zones sont légèrement cloquées. D’autres sont piquées de moisissures. Les quincailleries métalliques maintenant l’œuvre encadrée sont rouillées en surface.

Lors de sa restauration, le tableau a été entièrement déverni. Les moisissures ont été traitées. La toile a été retirée du cadre au moyen d’un treuil et mise à plat sur le sol. Elle a été dépoussiérée à la brosse et à l’aspirateur. Le châssis a été lui aussi dépoussiéré, réparé et traité contre les insectes. Certaines pièces ont été remplacées. Les quincailleries métalliques ont été traitées avant de recevoir un produit anti-rouille. La toile a été retendue sur le châssis.

Après tous ces traitements, la toile a été remise dans son cadre et à nouveau accrochée au-dessus de l’autel.

Jacques-Louis Bonet, un peintre de Gembloux.

C’est un peintre gembloutois, Jacques-Louis Bonet, qui est l’auteur du tableau de l’église de Gembloux. Il a mis huit ans pour le finir. L’artiste a habité la maison vicariale, aujourd’hui local des scouts, au-dessus des grands escaliers qui relient la place André Henin à la Grand Rue.

Il est né à Grand-Manil le 17 mars 1822. Il est le fils d’un couple de meuniers, Paul-Joseph Bonet et Charlotte Sizaire, qui exploitaient le moulin hydraulique de Bedauwe (appelé aussi « Moulin Frère »). Il a passé une grande partie de sa vie à Belgrade, près de Namur, où il est mort le 12 juin 1894.

Bonet Autoportrait vers1845 - IRPA

Plusieurs églises possèdent des œuvres de Jacques-Louis Bonet, notamment celles de Champion, Floreffe, Hanzinelle, Mariembourg, Bois-de-Lessines, Saint-Servais, Notre-Dame du Finistère (Bruxelles) et Velaine. La Ville et la Province de Namur en possèdent également, tout comme le Musée des Beaux-Arts de Mons. A citer notamment cet autoportrait de l’artiste (voir la photo ci-contre © KIK-IRPA Bruxelles). . Le Dictionnaire biographique des Artistes Belges de 1830 à 1970 nous apprend que Jacques-Louis Bonet est « un peintre d’histoire, de scènes de genre, de portraits et de compositions religieuses ». Il a été l’élève de Marinus à l’académie de Namur et de François Joseph Navez à l’académie de Bruxelles. Il a visité les ateliers parisiens de plusieurs artistes ainsi que les musées de la capitale française. Il s’enthousiasme pour l’art de l’Antiquité et de la Renaissance. Les spécialistes estiment qu’il « met autant de sincérité dans ses personnages historiques et religieux que dans ses portraits ». Il a également pratiqué l’art mural. A partir de 1844, Bonet exposera régulièrement ses œuvres aux salons de Namur et de Bruxelles. Il enseignera aussi à l’académie de Namur de 1872 jusqu’à sa mort. Il en sera le directeur à partir de 1882.

© Pierre Aubry – 2016

Sources :

  • De Boulard C., Rapport d’examen et de traitement de restauration du tableau « Le transfert de la dépouille de St Guibert, signé Jacques Louis Bonet » – Bruxelles, 21 octobre 2013.
  • Toussaint J., La Paroisse de Gembloux, Editions de l’Orneau, Gembloux, 1982.
  • Site Internet www.irpa.be de l’Institut royal du Patrimoine Artistique (IRPA), base de données en ligne de l’IRPA.
  • L’Ami de l’Ordre du 24 juillet 1901 (Collections du Service des Archives régionales de Wallonie – Direction de la Documentation et des Archives régionales du Service public de Wallonie, SPW, Secrétariat général, Département de la Communication.
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