Gaudriole américaine vers 1880

De nombreux habitants de la région de Gembloux sont partis vers l’Amérique, notamment dans le Wisconsin au XIXe siècle. La misère était grande dans nos provinces. Ces émigrants avaient l’espoir de trouver, sinon fortune, du moins une vie meilleure. Il y ont trouvé des conditions de vie très difficiles. Ils ont créé des villages où le wallon était de rigueur et les coutumes de leur Wallonie natale étaient conservées. Ces départs vers un autre continent alimentaient les conversations de ceux qui était restés au pays.

Eugène Tourmenne, dit le petit jardinier, est connu à Gembloux pour ses chansons. Il y est né à le 8 août 1840 et y est décédé le 18 septembre 1896. Il nous a laissé une chanson sur ces départs vers l’inconnu, vers le « Nouveau Monde ». On y trouve au 13e couplet une allusion à la famille Jannée dont il est question par ailleurs dans ce site.

Gaudriole Américaine (sur l’air du Traderi-dera)

1. Jeunes gens qui cherchez tous à venir vous divertir
Ouvrez bien vos oreilles à ce que je vais dire ;
L’émigration est là, il faut vous décider
A partir pour toujours ou bien à nous rester.
Sur l’air du tra…
2. Vous tous qui profitez des plaisirs du jeune âge
Êtes-vous de ceux-là qui voudraient en partage
Un petit coin de terre, au bout de l’Amérique,
Ou bien aimez-vous mieux encore la Belgique ?
3. Ma foi, je n’en sais rien, mais à vous voir tous,
La fièvre de l’exil s’est emparée de vous
Et vous iriez, je crois, jusqu’à vendre vos biens
Pour vous qualifier de Belges-Américains.
4. Le désir d’émigrer fait beaucoup de progrès
A Gembloux à Lonzée, Sauvenière et Grand-Leez
L’ouvrier dit partout « Les gains sont par trop minces
Vite, allons retrouver les fils de Louis Quinze ».
5. D’abord, c’est un bottier que les jeunes et les vieux
Ont tous connu ici, mari très soucieux ;
Fatigué du métier il vend son Saint-Crépin
Et s’embarque gaiement pour le pays lointain.
6. Adieu Gembloux, dit-il, adieu cuirs et semelles,
Adieu, souliers, molières, bottines de prunelle ;
Je vais tenter fortune au pays du dollar
Ici l’on ne parvient plus qu’à manger du lard.
7. Ma passion, mon amour de l’ornithologie,
Ne s’éteindront jamais, croyez-le, je vous prie.
Je porterai mes pas vers les bois, les bosquets,
Pour étudier de près les mœurs des perroquets.
8. Un plombier envieux de souder les deux bouts
Imagina un jour de s’éloigner de nous.
En éclaireur il part, il cherche et trouve enfin
Du travail pour nourrir sa femme et ses bambins.
9. Fier de sa découverte, il cherche du papier
Pour écrire à sa femme d’aller le retrouver.
Rapprochez-vous de moi, dit-il, chère moitié
Ici toujours l’alcool a ses dix-huit degrés.
10. Du bonheur des humains, Saint-Fiacre touché,
Dépêche un des siens, célèbre jardinier.
Les carottes, les choux, aux champs de Buenos-Ayres,
Des pluies de Saint-Médard, ah, ne souffriront guère.
11. Le fils d’un fonctionnaire du bon vieux temps passé
Par ses folles dépenses, en misère tombé,
Décida sa moitié à risquer le paquet.
Aujourd’hui, au Brésil, instituteur il est.
12. Un certain bourrelier, mort dans notre canton,
Du lac Ontario, convoitait le saumon.
Au moment de partir, il gagna la colique
Et fut forcé de dire adieu à l’Amérique.
13. Aimant la liberté, il avait bien l’idée
D’aller au Canada rejoindre les Jeannée.
Mais une indigestion, ensuite d’un repas,
Lui dessina Québec au milieu de ses draps.
Sur l’air du tra…
14. Désiré, mon ami, bon père, bon époux,
Vous oubliez, je crois, quelque chose à Gembloux ;
Ne vous pressez pas tant, ni filez pas si vite ;
Vos enfants, votre femme, sont encore en Belgique.
15. Vainement on l’appelle, l’homme veut à tout prix
Nous fuir et naviguer sur le Mississipi ;
Pour « gagner le Pérou » il fait preuve d’ardeur,
Sur la mer agitée, il voyage sans peur.
16. De nos produits l’Europe connaît la renommée,
La chanter aujourd’hui n’est point mon idée,
Si nos canifs, un jour, pénètrent en Amérique,
Couteliers, rendez grâce à Jean-Baptiste Tanique.
17. Jadis, on avait peur de casser un carreau ;
Au Missouri les artisans faisaient défaut.
Aujourd’hui quand on brise une vitre, une glace,
Soudain, l’on crie partout « Voilà Mesjass’ qui passe ».
18. Buenos-Ayres a dit-on, un stock bien assorti
De types de tout âge et de tous les pays,
Vous me croirez sans peine et sans que j’établisse
Que nos Belges sont là plus nombreux que les Suisses.
19. Le grand maître des forges d’un village voisin,
Parti en excursion, s’arrête au Wisconsin.
Nous jouerons cinq lignes, dit-il à son ami,
Pour voir qui de nous deux paiera la goutte ici.
20. Battu et pas content,, ce dernier déclara
Qu’il voulait à tout prix quitter ce pays là.
Le gagnant repartit « Vive l’agriculture ».
« Je vais chercher Carline et sa progéniture ».
21. A Anvers, il plaçait ses gens dans le bateau,
Dame Police arrive et le mène au bureau.
On lui dit poliment « Monsieur, je vous arrête,
Car vous me paraissez être le petit vette ».
22. Le quartier du Bordia qui a changé de nom
Pleurera bien longtemps son cher scieur de long
Qui, les bottes remplies de poudre d’escampette,
Quitta tous ses voisins sans tambour ni trompette.
23. Le célibat, enfin, veut payer son tribut
A l’émigration, à la chasse aux écus.
Félicien se dévoue, et sans perdre de temps,
Il porte au Nouveau-Monde ses cinquante printemps.
24. Ici point n’est besoin, dit-il, de travailler.
L’on est fort à son aise, coucher dans l’oranger.
Si le sommeil arrive, il vous porte à bâiller,
Les fruits vous tombent en bouche, faciles à digérer.,
25. Laissons au magicien le soin de nous narrer
Les beautés, les attraits du monde au lard salé,
Et de nous dire, enfin, sans détour, sans ambage,
Si New-York prise les tours d’escamotage.
Sur l’air du tra…

 

 

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