Traditions au Culot et à la Vôte

Traditions

Ce texte plus personnel a été lui aussi publié en 2013 dans le n° 77 du Bulletin du Cercle royal Art et Histoire. Je me suis « éclaté » en l’écrivant. Il m’a ramené dans mon enfance, faisant resurgir de nombreux souvenirs et faisant réapparaître de nombreuses personnes – famille ou voisins – qui sont depuis longtemps de l’autre côté du miroir et qui restent en filigrane dans ma vie.


Traditions au Culot et à la Vôte

Pierre AUBRY – 2013

Jusque dans les années mil neuf cent soixante, les tartes occupaient une place importante sur les tables lors des festivités de toutes sortes à Gembloux. Que ce soit lors des kermesses, des fêtes de famille, des communions solennelles ou des mariages, l’on dégustait moult tartes de toutes les sortes.

Le quartier de la Vôte et du Culot où je suis né avait à l’époque un parfum de village. Entre 1950 et 1960, il y avait encore quelques petites fermes et il n’était pas rare de voir dans les rues l’un ou l’autre chariot de bois aux roues cerclées de fer tiré par deux bœufs. PopoteLe boulanger Jean-Baptiste Marroye (dit « Popotte ») faisait sa tournée dans une charrette tirée par un cheval.

Certaines traditions avaient encore cours. Comme celle des boulangers du quartier qui mettaient leurs fours à la disposition des ménagères à la veille d’événements importants.

Que ce soit au Culot Chez Tantin Béthume ou dans le haut de la Vôte Chez Popotte, c’était l’occasion de se retrouver dans le fournil pour toute une ribambelle de voisines qui échangeaient nouvelles et cancans entre deux recettes. Chacune avait la sienne. L’une ajoutait tel ingrédient dont elle ne dévoilait jamais la teneur, l’autre ne jurait que par tel autre assurant que l’on avait toujours fait ainsi et pas autrement… Chacune était persuadée que sa tarte était supérieure à celle de son amie… En fin de compte, les tartes de l’une étaient aussi bonnes que celles de l’autre…

Le boulanger préparait de grandes quantités de pâtes dans son pétrin mécanique et prodiguait quelques conseils aux femmes qui s’activaient à diverses préparations. Rapidement des odeurs délicieuses envahissaient la pièce surchauffée par la proximité du four.

La grande table de l’atelier se couvrait alors de platines noires dans lesquelles on préparait les fonds de tarte qui allaient être garnis de prunes, de pommes et autres fruits, mais aussi de préparations au fromage blanc, au riz, à la semoule ou encore aux œufs et au sucre…

Le gamin que j’étais alors avait bien sûr accompagné sa maman et sa grand-mère. Il avait le privilège tant attendu de racler le fond des plats où l’on avait préparé les garnitures et de se régaler en se léchant les doigts. Souvent, la boulangère lui donnait en prime une gosette aux pommes ou une couque au sucre…

Lorsque tout était prêt, le boulanger enfournait la production dans son grand four au moyen d’une palette à long manche. J’admirais, ébahi, son coup de main.

Pendant la cuisson, tous se retrouvaient dans la cour du boulanger où les hommes avaient rejoint la compagnie. Et les bavardages reprenaient de plus belle…

Lorsqu’à la soirée la cuisson était terminée, on retirait du four les tartes fumantes et odorantes. Elles étaient ensuite disposées sur de grandes claies de bois prêtées par le boulanger et que l’on portait précautionneusement à travers les rues en une joyeuse procession jusqu’à la maison.

Le lendemain, toute la famille et les invités dégustaient les succulents morceaux de tarte avec de grandes jattes de café.

© Pierre AUBRY – 2013

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